Western spaghetti

La Fanciulla del West

Par Catherine Jordy | ven 27 Juillet 2012 | Imprimer
 
D’emblée, cette production du centenaire de la Fanciulla frappe par ses qualités cinématographiques et la justesse du jeu d’acteurs de ses interprètes, ce qui justifie amplement l’acquisition du DVD. On ne compte pas tant que cela de bonnes versions en images de cet opéra de Puccini finalement assez mal aimé – on se demande pourquoi. Pour assurer le succès de ses spectacles retransmis en direct au cinéma, le Metropolitan a déployé les grands moyens : aux mornes gros plans alternés de plans d’ensemble pris de face des débuts succède une véritable orgie de plans alternés saisis de tous côtés grâce notamment à la louma, caméra mobile furetant partout. Le résultat est mieux que plaisant.
 
On aime les commémorations et les anniversaires, décidément, à New York : la mise en scène de Giancarlo del Monaco affiche tout juste vingt ans. D’aucuns se plaindront de ce qu’elle est bien poussiéreuse et datée, mais a contrario, on peut lui trouver un charme désuet parfaitement adapté à une certaine lecture de l’œuvre : fascination pour une Amérique rêvée et cliché qui se traduit ici par une ambiance de saloon, en couleurs tendant vers la sépia que ne bouderait pas l’Eddy Mitchell des « Dernières séances ». Cette atmosphère de western est néanmoins largement teintée de correspondances avec l’univers de l’opéra italien fin-de-siècle. Certaines séquences évoquent des photos tout droit sorties d’un ouvrage biographique sur Puccini qu’on aurait mises en mouvement. Le tout bénéficie d’un charme rétro touchant.
 
Deborah Voigt se fond à merveille dans le rôle de Minnie. Moins forte femme que bonne fille compréhensive, son évidente présence scénique en impose. Sa voix un peu moins ; certes, le rôle est réputé être particulièrement dense, mais si la diva s’en tire sans encombres, elle reste un peu courte sur des aigus criards et désagréables, avec un phrasé pas toujours très souple. La pointe de vulgarité corollaire tend à desservir le rôle, mais on retient surtout la force de caractère déployée en adéquation avec le rôle et la santé qui se dégage de la jeune femme. À l’aise auprès de ses partenaires, son duo d’amour est assez réussi avec Marcello Giordani qui interprète un Dick Johnson très « rital », dont la pureté de ligne s’embellit d’une ampleur solaire, malgré quelquefois un manque de nuances. Lucio Gallo prête da dégaine de shérif amoureux transi au personnage de Jack Rance avec classe, aisance et sensualité. Coutumier du rôle (voir la critique de Jean-Marcel Humbert pour le DVD de la production de Torre del Lago), le baryton nous offre notamment une partie de poker mémorable. Le reste du plateau vocal complète harmonieusement la distribution, avec en particulier des chœurs remarquables de douceur et fort bien dirigés dans leurs déplacements. La direction d’orchestre de Nicola Luisotti accompagne avantageusement le propos : puissance et pléthore quasi hollywoodienne, mais lyrisme italien au final.
 
Comme toujours, les captations des spectacles du Met sont proposées avec des bonus qui nous entraînent en coulisses à la rencontre des interprètes alpagués à leur sortie de scène, dans une vraie fausse convivialité réglée au millimètre et qui sent bon le professionnalisme à l’américaine. Pour cette production, nous avons même le droit de rencontrer les dresseurs de chevaux, ainsi que les quadrupèdes - bien sûr ! -, nombreux sur scène et impressionnants de calme. Mais, une fois de plus, ces bonus ne sont pas sous-titrés. Au contraire de l’opéra soigneusement sous-titré, lui, en plusieurs langues.
 
 

 

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