Ferveur et vocalises

Virtuosité baroque

Par Laurent Bury | ven 26 Septembre 2014 | Imprimer

C’est en 2010 que l’ensemble Le Palais Royal a été créé par Jean-Philippe Sarcos, pour interpréter un répertoire assez large puisqu’il couvre les périodes baroque, classique et romantique, en utilisant pour chaque répertoire les instruments d’époque appropriés. C’est aussi de 2010 que date le concert que Bel Air Classiques nous propose à présent de découvrir en DVD ; sous le titre La virtuosité dans la musique baroque, il avait été filmé et diffusé sur Arte Live Web. Dans le cadre prestigieux de la chapelle de l’Ecole militaire, construite sous Louis XV, les choristes et instrumentistes interprétaient un parcours dans la musique sacrée italienne des XVII et XVIIIe siècles ; c’est plutôt la complexité de la polyphonie qui frappe dans plusieurs de ces pièces, voire leur austérité archaïsante, mais la virtuosité, sans être la composante primordiale, n’en a pas moins sa place. Et la virtuosité étant aujourd’hui un attrait essentiel pour les oreilles du public, il est de bonne guerre de la mettre en avant puisque, sans en être forcément la composante primordiale, elle n’en a pas moins sa place dans ce programme choral.

Outre les deux pauses instrumentales ménagées au cours de ce concert, les œuvres vocales rassemblées ont toutes été composées entre 1640 et 1740. La plus ancienne est le « Lauda Jerusalem » tiré du Vespro per lo stellario della Beata Vergine (1644) du palermitain Rubino : musique délicatement ornée qui exige en effet des choristes une grande netteté dans les vocalises. On avance dans le temps d’au moins un demi-siècle avec le Vénitien Antonio Lotti, qui travailla à Dresde à partir de 1717 : on entend l’un des différents Credo qu’il composa. De Vivaldi, le Palais Royal offre en bis la mise en musique du Psaume 121.

Domenico Scarlatti est représenté par deux œuvres : le concert s’ouvre sur son « Iste Confessor », sur lequel les choristes surprennent l’auditoire en faisant leur entrée par le fond de la salle, les dames en robe noire, les messieurs vêtu d’amples soutanes rouges. Vient ensuite sont Stabat Mater pour double chœur (quatre sopranos, 2 altos, 2 ténors, 2 basses) datant de 1715, époque où le fils du grand Alessandro était maître de chapelle employé par le Vatican. Et c’est là, pour l’ « Inflammatus et accensus », que les deux solistes font assaut de virtuosité, ainsi que dans l’ « Amen » final. En 2010, la soprano Hasnaa Bennani était à peine à l’aube de sa toute jeune carrière et ne chantait pas encore Rameau ou Lully sous la direction de Christophe Rousset. Mathias Vidal, en revanche, avait déjà chanté dans le King Arthur réglé par Shirley et Dino pour Hervé Niquet, et son timbre de haute-contre à la française n’allait pas tarder à être employé par William Christie ou Emmanuelle Haïm. Tout en brillant dans des phrases acrobatiques, tous deux se fondent modestement dans le reste du chœur dès qu’ils ne sont plus mis au premier rang.

Les six instrumentistes réunis pour l’occasion méritent eux aussi leur part des applaudissements : le quatuor de cordes emmené par la violoniste Tami Troman, Simon-Pierre Bestion de Camboulas qui tient l’orgue et le clavecin, et le théorbiste Rémi Cassaigne, également connu comme traducteur du suédois pour Albin Michel ou Actes Sud.

 

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