The Big art of Britten in opera

The Beggar's Opera

Par François Lesueur | dim 12 Avril 2009 | Imprimer
Enregistré au BBC Television Centre en une seule séance de 3 heures, le 30 août 1963 et diffusée le 31 octobre de la même année, cette représentation de The Beggar’s opera de John Gay, peut être considérée comme une œuvre de Britten à part entière. Poète et dramaturge John Gay est connu pour avoir écrit le livret d’Acis et Galatea de Haendel en 1718. Il est à l’origine de « l’opéra-balllade », spectacle composite en vogue pendant une dizaine d’année à Londres et qui fut lancé avec The Beggar’s opera, littéralement L’opéra des gueux, dont le sujet s’attachait à peindre la vie quotidienne des habitants des bas-fonds londoniens, au lieu de mettre en scène les habituelles divinités de l’antiquité.
Le mélange d’airs populaires, dus au compositeur John Christopher Pepusch, de dialogues parlés, la peinture sans fard des mœurs, parfois jusqu’aux plus douteuses, le ton satirique utilisé par l'auteur dans sa critique de la société, reçurent un accueil enthousiaste, ce qui explique le maintien à l’affiche pendant 62 soirs de The Beggar’s opera, créé en 1728.
Bien des années plus tard, Britten, peu de temps après la création de Peter Grimes au Covent Garden en 1947, choisit d’adapter cette œuvre pour l’English Opera Group qu’il dirigeait. Ecrit pour le même effectif instrumental que The rape of Lucretia (1946) et Albert Herring (1947), sa version de The Beggar’s opera, bien que fidèle à l’esprit de l’œuvre originale, sonne comme s’il s’agissait d’une création propre. Certes il a tenu à conserver les mélodies sur lesquelles Gay avait écrit les paroles, mais les arrangements opérés sur la tonalité des airs, les différents développements orchestraux et les musiques additionnelles constituent une adaptation indépendante, où derrière une composition du XVIIIe se lit bien un ouvrage du XXe ; la scansion, la sécheresse des accords, les cordes froissées ou grinçantes, la brièveté des cellules  et l’urgence du discours appartiennent assurément à Britten.
La caméra tente de restituer l’agitation (organisée) qui règne sur le plateau, de capter l’esprit « tréteaux » de cette production signée Colin Graham, vive et pétillante, interprétée par une troupe qui joue la comédie et chante avec décontraction et professionnalisme, sous la direction acérée de Meredith Davies à la tête de l’English Chamber Orchestra. Distribué avec une rare pertinence, chaque personnage s’intègre à l’ensemble tout en laissant émerger la toute jeune Janet Baker, succulente Polly au mezzo suave, Heather Harper remuante Lucy, sa rivale, toutes deux amoureuses du même séducteur, Captain Macheath, délicieusement chanté par le ténor Kenneth MacKellar, rôle également défendu par Peter Pears, lors des représentations données au Festival d’Aldeburgh en juin 1963.
Un document savoureux.
 
François Lesueur

 

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