Quand Verdi entre au théâtre

La Traviata, Aida & Macbeth

Par Maximilien Hondermarck | ven 18 Octobre 2013 | Imprimer
Drôle de coffret qu’édite BelAir pour fêter le bicentenaire Verdi : trois œuvres, trois interprétations dont on ne voit pas bien ce qui peut les rapprocher, à part la volonté bienvenue de les proposer au meilleur prix. Une Traviata sur la bande d’arrêt d’urgence, une Aïda coloniale, un Macbeth à la sauce russe ; mais trois captations qui signent, chacune à leur manière, le triomphe du metteur en scène sur l’interprétation. Ce n’est sans doute pas l’introduction idéale à l’usage du néophyte – on privilégiera plus sûrement pour le verdien tout à fait vert une Traviata avec un peu plus de chair, ou un Macbeth plus conventionnel. On y verra cependant un panorama, inévitablement partiel, mais franchement réjouissant, de la mise en scène verdienne ces dernières années. On a trop longtemps voulu éviter de passer le maître de Bussetto à la moulinette du régisseur. Si, au début des années 2000, Wagner était depuis 40 ans au moins le terrain déjà bien labouré de la modernité, Verdi n’avait sans doute pas le “scene-appeal“ suffisant. Et à l’abstraction narrative wagnérienne était systématiquement opposée un réalisme verdien bon ton. De la musique, pas trop d’esprit !
Tout cela a bien changé. La production apparemment la plus traditionnelle du coffret, l’Aïda de Nicolas Joël à Zürich, en apporte la preuve. Transposée dans un XIXe siècle colonial, un peu pompier (décors d’Ezio Frigerio obligent), elle ménage pourtant un écrin formidablement théâtral à la superbe Nina Stemme (pour sa prise de rôle) et à l’opulente Luciana d’Intino. On est déjà loin de Zeffirelli, et Aïda retrouve sa nature profonde : un opéra de l’intime.
 

Autre opéra de l’intime, La Traviata a eu un peu plus de chance sur scène qu’Aïda, avant tout parce qu’on n’y jouait pas de trompettes et qu’on y avait délaissé le dromadaire. Mais que de phtisiques bon pied bon œil au seuil de la mort ! Que de drame perdu dans les moulures ! A Aix, Peter Mussbach dégraisse au maximum – du noir partout, des chœurs souvent en coulisses, une tragédie presque immobile –, Mireille Delunsch aussi d’ailleurs, dans ses aigus émaciés. Mais que de vie, que de regards, que de splendide dans cette Violetta au milieu de la route. Dommage que l’Alfredo de Matthew Polenzani en soit encore aux mains sur le cœur et aux yeux exorbités, il gâche beaucoup de beaux moments.
Stade le plus abouti sans doute de la mise en scène verdienne contemporaine, le Macbeth de Dmitri Tcherniakov à Bastille en 2009. Implacable dissection d’un système oppressif à renforts de cartes Google et de scansion très cinématographique : le metteur en scène russe frappe très fort, et fait voir et entendre Macbeth comme presque jamais auparavant (direction pour le moins inouïe de Teodor Currentzis). Violeta Urmana est métamorphosée, grande actrice pour une fois débarrassée de son trop-plein de stéréotypes : qui aurait-cru ? Preuve encore qu’il n’y aucune fatalité à ce l’opéra de Verdi soit privé de théâtre.
 

 

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