Pour les enfants, mais pas n’importe lesquels

Die Zauberflöte

Par Laurent Bury | lun 26 Septembre 2011 | Imprimer
 
Oui, il s’agit bien de The Magic Flute, et pas de Die Zauberflöte : c’est un spectacle pour enfants, ou du moins « pour les familles » que le Met livre ici, comme l’avait jadis fait l’Opéra de Lyon avec Une petite Flûte enchantée, une version traduite en anglais, et surtout très écourtée ! Parmi les morceaux disparus, pour réduire à moins deux heures un opéra qui en dure normalement près de trois, signalons notamment le duo Pamina-Papageno « Bei männern, welche liebe fühlen » et tout le début du finale de l’acte II. A peine moins criminel, l’ouverture et l’air de Tamino au premier acte sont réduits de moitié. Evidemment, c’est pour une bonne cause, mais quand même.
Créée à l’automne 2004, cette production a vu, au cours de nombreuses reprises, défiler tout le gratin du chant international : Dorothea Röschmann, Jonas Kauffmann, Diana Damrau (d’abord en Reine de la Nuit, puis en Pamina), Stéphane Degout et bien d’autres. Et c’est en 2006 que fut conçue l’idée d’une version « allégée ». La mise en scène avait été confiée à Julie Taymor, à qui l’on ne doit pas que Le Roi Lion à Broadway. Ceux qui connaissent son Œdipus Rex monté en 1992 par le festival Saito Kinen (DVD Philips) retrouveront ici certains détails, comme les masques portés au-dessus de la tête.
On ne cherchera pas dans cette Flûte de lecture très intellectuelle, de questionnement sur le maçonnisme de Mozart ou sur le sens de la quête des personnages. Même dans la version intégrale en allemand, le pari du Met était d’attirer un nouveau public à l’opéra en frayant avec le monde du musical. Pari gagné, à en juger d’après les rires de la salle (les dialogues en anglais donnent à Papageno un bagout typiquement yankee). Dans un décor de plexiglas sans cesse en mouvement évolue avec grâce tout un bestiaire d’inspiration mi-chinoise mi-africaine : on admire en particulier le grand échassier qui porte les trois enfants. Pamino est habillé comme Calaf, la Reine de la Nuit est entourée de voiles qui virevoltent comme des ailes. Papageno porte une casquette de base-ball à l’envers, la visière faisant office de bec, et tient son glockenspiel à l’oreille comme un ghetto-blaster. Les costumes de Zarastro et de ses disciples sont hélas nettement moins inspirés.
Dans cette production très respectueuse des chanteurs, la distribution est beaucoup plus forte du côté des hommes que des dames. Le prince et l’oiseleur trouvent en Matthew Polenzani et Nathan Gunn deux interprètes de choc, et René Pape est un beau Zarastro. Côté féminin, on descend nettement d’un cran. Ying Huang, la Butterfly de Frédéric Mitterrand, fit ses débuts au Metropolitan en décembre 2006 dans le rôle de Pamina. Depuis le film qui l’avait fait découvrir, en 1995, la silhouette s’est un peu épaissie (et son costume n’est guère seyant). C’est une Pamina bien chantante, mais totalement anonyme ; « Ach, Ich fühl’s », ou plutôt « Now my heart », pris à vive allure par James Levine, ne dégage guère d’émotion. Dans un rôle où l’on attend toujours un mouton à cinq pattes, la soprano hongroise Erika Miklósa est une Reine de la nuit à la voix un peu mince, qui savonne la longue vocalise de son deuxième air. Les interprètes des trois dames semblent un peu surdistribuées dans des rôles qui ne sauraient se contenter de seconds couteaux. Quant aux trois enfants, leurs voix sont nasillardes, poussées, et souvent fausses.
Résumé : un beau spectacle, une distribution inégale, mais surtout un DVD dont l’objectif de démocratisation ne dépassera pas le monde anglophone : Sony n’a en effet pas jugé opportun de proposer des sous-titres autres qu’anglais. Et tant pis pour les enfants qui ne maîtrisent pas la langue de Shakespeare !
 

 

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