Plus impressionniste qu’impressionnant

La Bohème

Par Jean-Claude Hulot | mer 02 Avril 2014 | Imprimer
 
Paradoxalement Riccardo Chailly, italien jusqu’au bout des ongles, s’est jusqu’à présent plus fait connaître par sa maîtrise du grand répertoire symphonique, surtout germanique, que par ses prestations lyriques, à la tête du Concertgebouw puis du Gewandhaus. Le futur chef de la Scala de Milan a beaucoup dirigé Mendelssohn, Schumann, Brahms, Bruckner ou Mahler. Mais bien peu d’opéras. Sa réalisation la plus marquante au disque étant (déjà !) une somptueuse Bohème à la Scala avec le couple mythique Alagna-Georghiu (Decca). C’est à ce même opéra qu’il revient aujourd’hui, cette fois en DVD et capté dans l’impressionnant palais des Arts Reine Sofia de Valence. Musicalement, toute la soirée repose sur sa direction élégante, fluide, creusant les détails instrumentaux de Puccini et portant le lyrisme d’un bout à l’autre sans baisse de tensions avec un raffinement de tous les instants. Il insuffle à une distribution plus modeste que celle de son CD une vérité théâtrale qui hausse les chanteurs à vrai dire honnêtes mais sans génie au dessus d’eux-mêmes. Ainsi du couple phare où la soprano Gal James campe une Mimi fraiche et charmante mais dont la bonne santé manifeste peine à rendre crédible les derniers instants et dont le vibrato est trop prononcé pour le « mi chiamano Mimi ». Le Rodolfo joufflu et poupin du vénézuélien Aquiles Machado lui donne une réplique de belle tenue mais ne peut rivaliser avec l’élégance et le style d’Alagna dans le CD. Les comprimari ne déméritent pas, surtout le Marcello de Massimo Cavaletti, chaleureux et émouvant, tandis que dans l’air de la vieille simarre Gianluca Buratto, voix trop légère, manque franchement d’émotion. Coup de chapeau aussi à la Musetta sensuelle sans vulgarité de Carmen Romeu.
Visuellement, la mise en scène de Davide Livermore est très classique, sa principale originalité résidant dans la projection sur la grande verrière de l’atelier de Marcello de tableaux impressionnistes qui illustrent le livret et se reflètent sur le chevalet du peintre au premier plan. La direction d’acteurs suit pas à pas le livret. Seul l’acte du café Momus donne lieu à une débauche d’effets, avec personnages de cirque, danseurs et cracheurs de feu qui se termine en comédie musicale non dénuée de vulgarité. Nul ne sera déçu par un DVD musicalement remarquable grâce à Chailly, visuellement très plaisant, mais si vous n’êtes sensible qu’à la musique, retournez au CD bouleversant du même chef avec Alagna et Georghiu.
 

 

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