Un DVD jamais n’abolira le direct

Only the Sound remains

Par Alexandre Jamar | mar 29 Mai 2018 | Imprimer

On sait combien la captation d’un spectacle pose de nombreux problèmes artistiques : la couleur des voix, la balance entre chanteurs et orchestre, la perception du plateau… tout se retrouve modifié, et ce tant et si bien que de nombreux solistes font de plus en plus rares leur apparition au disque ou au DVD. La gravure de la création néerlandaise d’Only the sound remains, dernier opéra de Kaija Saariaho, en est un exemple édifiant à plusieurs égards.

Nous louions il y a quelques mois la qualité de la reprise parisienne de ces deux pantomimes inspirées du théâtre no. Servie par deux de ses interprètes fétiches, la musique de la compositrice finlandaise établie à Paris n’en était que plus resplendissante. Pour Davóne Tines comme pour Philippe Jaroussky, la transposition de la scène à l’écran est plutôt heureuse. La voix du baryton n’a rien perdu de ses reflets sombres et moirés, qui laissent deviner de belles prises de rôles à venir pour le tout jeune chanteur. Le contre-ténor français par excellence s’en tire tout aussi bien dans une écriture faite de vocalises et de sons filés, enjolivée d’une partie électronique rutilante.

Le soin apporté à l’enregistrement sauve également les parties orchestrales. Les plans sonores distribués entre le Dudok Quartet et les solistes Eija Kankaanranta (kantele), Camilla Hoitenga (flûte) et Niek KleinJan (percussions) sont on ne peut plus clairs et transparents, ceci dû également à la baguette souple mais précise d’André de Ridder.

Avouons-nous également séduits par la prestation des membres de l’excellent Nederlands Kamerkoor. Alors que les solistes parisiens (le Theatre of Voices) nous laissaient sur notre faim, voilà le défi relevé pleinement par un quatuor vocal fonctionnant en pleine synergie.

Que faut-il donc reprocher à cet honnête DVD, qui, à écouter les yeux fermés, aurait tout pour conquérir le post-spectral averti qui sommeille en nous ?

Nous nous étions déjà dit interpellés, voire gênés par la mise en scène de Peter Sellars. Si elle plonge l’auditeur immédiatement dans l’ambiance propice à l’action scénique, elle fourmille également de petits détails de direction d’acteurs venant parasiter inutilement l’attention. Certains d’entre eux sont gommés grâce à la caméra, mais pas tous. Pire encore, le monteur s’est fait le plaisir d’ajouter (en accord avec le metteur en scène, nous supposons) quelques touches de fantaisie au cadrage : dès que l’action s’anime sur scène, la caméra n’hésite pas à effectuer quelques soubresauts de haut en bas. Employée à faible dose, l’idée fait son effet, mais on s’en lasse trop rapidement. Les intentions derrière sont pourtant simples et honnêtes, mettant en valeur le beau décor de Julie Mehretu, ainsi que le jeu de scène des chanteurs (plus intéressant chez Davone Tines que chez Jaroussky au demeurant). Quelques effets de perspective (notamment dans la deuxième partie) s’en retrouvent ainsi magnifiés, mais ceci au prix d’une sensation de haut-le-cœur qui vous prend à chaque crise de bougeotte de la caméra.

Dans l’ensemble, cette captation brille avant tout par sa qualité musicale. Regrettons simplement que le subtil théâtre de l’ambiance orchestré par Sellars n’ai pas survécu à la gravure sur DVD.

 

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