Horsegang Amadeus ?

Davide penitente

Par Laurent Bury | mar 22 Décembre 2015 | Imprimer

Que le Manège des Rochers retrouve sa destination première en accueillant des chevaux, c’est très bien. Que Salzbourg continue à honorer Mozart en jouant ses œuvres moins fréquentées, c’est normal. Malgré tout, il est permis de s’interroger sur la pertinence d’accomplir ces deux bonnes actions simultanément, et en dépit de toute l’admiration qu’inspire le travail de Bartabas, on ne partagera pas forcément l’affirmation qui donne son titre au texte d’accompagnement : « Les chevaux restituent parfaitement la musique de Mozart ». La troupe équestre accomplit certes fort bien tout ce dont sont capables des chevaux : ils entrent, sortent, tournent en rond, s’alignent, avancent, reculent, à des pas divers et variés, mais tout leur talent ne saurait donner à une cohérence supplémentaire à Davide (ou Davidde) penitente, pièce un peu bâclée par le divin Wolfgang, il faut bien le dire. Cette cantate de commande, qui précède immédiatement la conception des Noces de Figaro, fut en effet fabriquée en hâte à partir de fragments de la Messe en ut laissée inachevée quelques années auparavant. D’où le contraste extrême entre les chœurs ainsi récupérés, dont la fervente grandeur ne manque d’impressionner, et le style galant et orné des airs ajoutés pour les trois solistes, sur des textes inspirés d’une traduction italienne des Psaumes. Et comme les trois quarts d’heure de la cantate auraient pu paraître un peu chiche pour un spectacle, on y a greffé, en guise d’introduction, la « Marche des prêtres » de La Flûte enchantée et la Musique funèbre maçonnique. Mais de peur que le menu soit encore trop léger, il a aussi été décidé d’insérer l’andante d’une symphonie non numérotée, la K. 96 parfois appelée n°46. Enfin, pour être sûr de ne pas vous laisser sur votre faim, vous trouverez en bonus l’Adagio et fugue K. 546.

Dans Davide penitente, chaque soliste a au moins un air, avant le trio final qui les réunit ; la soprano 2 est un peu mieux traitée que le ténor puisqu’elle bénéficie d’un duo avec la soprano. Ne vous fiez pas au livret d’accompagnement qui attribue à la mezzo l’air « Tra l’oscure ombre funeste » : cet air très vocalisant, sorte de « Martern aller Artern » dénué de toute urgence dramatique, a bien été écrit  pour Anna Cavalieri, créatrice du rôle de Constanze, tout comme l’air pour ténor « A te, fra tanti affanni », destiné à Valentin Adamberger, le premier Belmonte.

Pour interpréter ces pages, il fallait des gosiers virtuoses. La Mozart Woche salzbourgeoise étant placée sous la responsabilité artistique de Marc Minkowski, le programme réunit des interprètes francophones et germanophones. Le chef est bien sûr à la tête de ses Musiciens du Louvre, mais dirige le Salzburger Bachchor. Quant aux solistes, à la toujours exquise Christiane Karg, qu’on désespère un peu d’applaudir sur une scène française, se joignent deux de nos compatriotes. Marianne Crebassa est loin d’être inconnue à Salzbourg puisqu’elle y a triomphé à l’été 2014 dans Charlotte Salomon. Pour Stanislas de Barbeyrac, il s’agissait sauf erreur de ses premiers pas dans la ville natale d’un compositeur qu’il défend désormais brillamment à Londres, Genève ou Budapest.

Autrement dit, la musique est belle, bien sûr, elle est bien chantée et bien jouée, mais on peut se demander à quel public ce produit s’adresse avant tout. En 2006, Davide penitente n’avait pas été retenu parmi les œuvres méritant d’être incluses dans les festivités et ne figurait donc pas dans le coffret de DVD Mozart 22 publié par Deutsche Grammophon (contrairement à La Betulia liberata, par exemple, pour rester dans le domaine de la musique sacrée). Avec ce DVD, c’est maintenant chose faite, mais peut-être comblera-t-il davantage les hippophiles que les mélomanes.

 

 

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