Ces flambeaux sont consumés

Don Carlo

Par Laurent Bury | ven 14 Juin 2013 | Imprimer
 
Ami lecteur, toi qui sus le néant des grandeurs du DVD, si l’on répand encore des larmes devant son écran, porte en pleurant nos pleurs aux pieds de C Major. L’intégrale Tutto Verdi couvre une multitude de péchés, la chose paraît désormais claire, et ce Don Carlo est hélas l’un des plus mauvais volets de la collection. N’y avait-il vraiment aucun autre spectacle à immortaliser que cette version de troisième zone, où l’on cherche vainement quelque chose à sauver ?
Evidemment, ce n’est pas Don Carlos, mais Don Carlo. Premier point noir, mais à quoi pouvait-on s’attendre, de la part du Teatro communale de Modène ? Au moins s’agit-il de la version en cinq actes, mais bien sûr sans le ballet et sans les répliques justifiant la méprise de l’infant en expliquant qu’Eboli se « déguise » en Elisabeth à la demande de celle-ci. Cela dit, quand on découvre l’acte de Fontainebleau, on se dit qu’il aurait mieux valu s’en dispenser : les costumes, aux couleurs criardes, semblent avoir été tirés au hasard des réserves du théâtre, mais cela s’arrange par la suite. En revanche, le décor se compose d’un cyclorama (vilainement éclairé en vert jardin pour le tombeau de Charles Quint et le cabinet de Philippe II), devant lequel s’entassent plateformes, escabeaux et petits escaliers qui ne quitteront pas la scène d’un bout à l’autre de la représentation. L’autodafé paraît bien maigrelet, par manque cruel de figurants. La mise en scène n’arrive même pas à rendre perceptible les sentiments unissant dans les différents protagonistes, les chanteurs étant livrés à eux-mêmes et à leur peu de ressources.
L’orchestre que dirige Fabrizio Ventura souffre tantôt d’une mollesse extrême, qui dépouille la partition de toute urgence dramatique (avec un « Tu che le vanità » particulièrement poussif), tantôt d’une brutalité qui transforme les plus beaux passages en caricature de musique militaire (les phrases que Carlo adresse à Eboli quand il la prend pour la reine). Et ce n’est pas la distribution qui fera pardonner ces carences. Mario Malagnini est un Carlo de 55 ans, aux tempes grisonnantes, mais on pourrait oublier son âge s’il n’avait pas cet air de chien battu, cette incapacité à exprimer la moindre émotion par le chant ou par le geste (il bat des records d’inexpressivité lorsqu’il se déclare « Ivre d’amour, plein d’une joie immense », un grand moment de non-théâtre), et s’il ne donnait pas aussi souvent l’impression de s’égosiller, avec des syllabes bien trop ouvertes et des nasalités désagréables. Un peu trop couverte semble en revanche la voix d’Alla Poznak, Eboli slave dont les aigus semblent bien aigres comparé au reste de la tessiture. Posa aux allures d’Henry VIII, Simone Piazzola est un baryton monolithique et incolore, acteur totalement placide, aux semelles de plomb, qui passe les trois quarts de son temps planté face au public, bras écartés. En Philippe II, Giacomo Prestia ne peut plus guère qu’aboyer son rôle, handicapé par un vibrato incontrôlable. Cellia Costea est une Elisabeth à la voix trop lourde, contrainte à ralentir le moindre passage requérant un peu d’agilité, et son timbre dénué de personnalité, qui laisse trop percevoir l’effort, ne parvient à aucun moment à rendre son personnage attachant. A oublier, malgré le joli Tebaldo de la soprano française Irène Candelier.
 
 
 
 

 

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