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Walter Braunfels - Lieder

Par Alexandre Jamar | mar 12 Avril 2016 | Imprimer

Walter Braunfels fait partie de ces compositeurs qui semblent avoir déjà connu leur heure de gloire. S’il était, durant les années 1920 en Allemagne, le compositeur d’opéras le plus joué après Richard Strauss, peu de monde semble s’en souvenir aujourd’hui. Le livret de cet enregistrement réunissant Marlis Petersen et Konrad Jarnot rappelle ainsi que ce compositeur au style tendant vers le postromantisme est mort deux fois. La première fut lorsque les nazis rejetèrent sa musique (Braunfels avait refusé de composer l’hymne du troisième Reich). La deuxième eut lieu après 1945, lorsque le romantisme rutilant à la Strauss se vit mis de côté, au profit d’une musique contemporaine voulant couper tous les ponts avec les années noires de la guerre. Et pourtant, la musique de Braunfels n’est pas aussi facile à catégoriser : trop chromatique pour du Brahms, pas assez pour du Strauss, son harmonie évoque les reflets irisés d’un Debussy et ses élans lyriques ressemblent à s’y méprendre à du Rachmaninov. S’il n’était l’humour et la légèreté de certaines pièces, on penserait volontiers à Hugo Wolf. Le choix de mélodies effectué pour cette gravure présente exclusivement le compositeur d’avant-guerre, dans ses premiers opus, usant surtout de la forme courte, les lieder n’excédant pour la plus part pas les trois minutes.

Nos deux chanteurs s’approprient tout à fait ce répertoire. L’écriture vocale de Braunfels n’est pourtant pas aisée, le compositeur semblant privilégier le haut de la tessiture. Aussi, le baryton chaleureux de Konrad Jarnot se fait plus pâle dans les aigus. Cela lui est vite pardonné, puisque le chanteur évite ainsi toutes les tensions qui gâcheraient les pianissimi des Gesänge op. 1. Savourez donc un « Innere Landschaft » tout en douceur et poésie, tandis que le  « Rastlose Liebe », extrait de l’opus 4 met le puissant timbre héroïque de sa voix au premier plan. Enfin, considérez le petit accent allemand lors de la récitation des textes de Shakespeare comme un charmant élément de décor, puisque le reste de la diction est simplement impeccable.

Marlis Petersen, récemment couronnée « chanteuse de l’année » par le magazine Opernwelt, et dont la performance en Lulu à Munich et au Met fut saluée de tous côtés joue à merveille de son soprano colorature. Elle offre deux Federspiele op. 7, petites miniatures ornithologiques (Messiaen n’est pas loin !) virevoltantes et virtuoses, ne manquant ni de fraîcheur ni d’humour. C’est cependant dans les pages plus lyriques, telles que « Herbstgefühl » que la chanteuse lutte davantage contre ses aigus qu’elle ne se laisse emporter par eux dans de généreuses courbes mélodiques. Heureusement que sa diction allemande est tout aussi savoureuse que celle de son collègue, la coloration des différentes voyelles n’étant pas aisée dans une tessiture aussi élevée.

Enfin, saluons le pianiste Eric Schneider qui vient à bout de la dense écriture du compositeur. Le piano de Braunfels est en effet imprégné de traits virtuoses comme de colorations subtiles, et dont le rendu serait idéal s’il n’y avait pas une prise de son très proche et un piano étouffant un peu les aigus.

Avant de partir, remercions tout de même le label Capriccio qui extirpe Braunfels des méandres de l’oubli au travers de cet enregistrement venant s’ajouter à deux autres consacrés à la musique symphonique du compositeur. 

 

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