Quand passent les canards

Vocal Cycles and Romances by Russian Composers

Par Laurent Bury | jeu 18 Décembre 2014 | Imprimer

N’y allons pas par quatre chemins : elle chante faux. Voilà en trois mots notre principal grief à l’encontre de Hibla Gerzmava, soprano abkhaze dont nous avions pourtant apprécié le DVD que lui avait consacré la même firme Melodia. Oui, mais voilà : on peut, semble-t-il, chanter fort bien l’opéra et rater un récital de mélodies. Pourtant, c’est un répertoire dans lequel la chanteuse devrait se sentir à l’aise. Et c’est un disque que l’on avait envie d’aimer, pour les incursions que s’autorise son programme dans des sentiers moins balisés.

Prenons par exemple les cinq pièces réunies sous le titre Madrigal par Nikolaï Miaskovski (1881-1950) : de ce compositeur, on connaît surtout la musique instrumentale et symphonique, mais l’on ne peut vraiment pas dire que les interprètes se bousculent pour enregistrer ses œuvres vocales. De même, les Cinq mélodies sur des poèmes d’Akhmatova de Prokofiev n’encombrent pas non plus le marché. L’inclusion de ces deux cycles permet de compléter de manière originale un parcours qui s’ouvre sur deux grands noms figurant très fréquemment dans les récitals de mélodies russes.

Et même chez Tchaïkovski et Rachmaninov, Hibla Gerzmava a su aller chercher des pages qui sont loin d’être rebattues, comme la première des Six Mélodies françaises pour Mme Désirée Artôt de Padilla (la traduction russe, truffée de consonnes, transforme une délicieuse chanson en un diabolique exercice de diction). Et de Rachmaninov, si l’on trouve évidemment quelques incontournable, comme « Les lilas » ou « L’attrapeur de rats », on entendra aussi quelques titres moins fréquentés.

Bref, tout cela est bel et bon sur le papier, jusqu’au moment où l’on passe à l’écoute. Première surprise : le style général est assez affecté, cela sent le parfum de synthèse plus que la taïga. Deuxième point : une relative placidité de l’interprète, mais lorsqu’elle en est tirée par les exigences des partitions, c’est alors l’aigu qui a quelque chose de tranchant, qui vrille un peu. Enfin, l’horreur : à plusieurs reprises, et dans l’aigu, justement, des notes fixes émises trop bas, voire carrément fausses, comme dans « Dites-moi ce qui dans l’ombre des branches » de Tchaïkovski. Et le talent de la pianiste Ekaterina Ganelina n’en peut mais : son jeu percussif ne rattrapera pas les défaillances de la voix. Chacun a ses hauts et ses bas, chacun a son domaine d’élection : gageons que celui de Hibla Gerzmava est l’opéra et non la mélodie, et espérons que ce disque fut enregistré dans un moment d’égarement dont elle se remettra vite.

 

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