Entreprise de réhabilitation

Tosti, L'Ultima Canzone

Par Christophe Rizoud | ven 17 Octobre 2014 | Imprimer

Longtemps considérés avec suspicion en raison de leur facilité mélodique, tous les compositeurs italiens sont aujourd’hui réhabilités, même Vivaldi dont on exhume les opéras à tour de bras, même les véristes dont les œuvres lyriques retrouvent sporadiquement le chemin de la scène. Tous, sauf un : Francesco Paolo Tosti. Né au milieu de l’ottocento, en pleine épopée verdienne – 1846, l’année de la création d’Attila à Venise –, mort en 1916 alors que la gloire de Puccini est à son apogée (La fanciullia del West avait été représentée à New-York, six ans auparavant, Il trittico le sera deux années après), celui qui compte à son actif près de 500 mélodies, passe auprès des spécialistes pour un habille trousseur de romances, un salonnard. Point barre.

Moins bégueules, les chanteurs ont vite compris l’avantage qu’il pouvait y avoir à interpréter certaines de ses compositions, flatteuses pour la voix et accessibles à un large public. Jussi Björling, Luciano Pavarotti, Carlo Bergonzi, Ben Heppner… Des ténors pour l’essentiel. Leur tessiture est la mieux à même d’exhaler cette musique généreuse, parfois facile, plaquée sur des paroles ardentes. Comment résister à ces serments d’amour quand ils sont confessés tendrement d'un timbre de velours. Une basse peut néanmoins faire l’affaire surtout si elle est, comme Marco Vinco, dotée d’un physique avantageux.

Le neveu du célèbre Ivo Vinco, disparu en juin dernier, poursuit avec ce deuxième récital discographique intégralement consacré à Tosti l’exploration d’un genre – la mélodie – où on ne l’attendait pas forcément. Les opéras de Mozart et plus encore de Rossini sont ses chevaux de bataille, ceux qui le révélèrent – à Aix en 2001 pour le premier, à Pesaro la même année pour le second – puis contribuèrent à le faire connaître au-delà des frontières italiennes. Pourtant, un précédent CD, passé inaperçu en France, faisait déjà la part belle à la musique de salon. Comme quoi, il ne faut pas se fier aux apparences. Le beau gosse des planches pesarese est un cœur sensible. Ses Tosti d’ailleurs sont tout sauf chantés en bombant le torse. Il y a derrière chacune de ces dix-huit plages une émotion et une sincérité. Il y a aussi un souci du texte qu'expose la diction, bien sûr, mais aussi les multiples nuances auxquelles se plie le chant. « Non t’amo più », murmuré comme pour en rendre moins amère la fatalité, la douceur poétique de « pure la luna splende » dans cette serenata qu’aimait chanter Pavarotti, avec davantage de chaleur mais moins de subtilité, « L’Alba separa dalla luce l’ombra » traité au contraire avec une emphase tragique, comme un air d’opéra, l’inquiétude pressante de « baciami », jusqu’au « vorrei morire » chanté piano en voix de tête, qui referme le récital sur une plainte résignée… Tout signifie, tout est pensé non pour emballer l’auditeur avec des effets faciles, mais pour donner à la musique de Tosti ce crédit qu’on lui refuse trop souvent.

Qu’importe alors si l’émission ne parait pas toujours naturelle, si la voix peut sembler monochrome, si le piano de Macri Simone ne parvient pas, à l’égal du chanteur, à transcender les partitions – mais l’écriture harmonique est souvent inversement proportionnelle à son inspiration mélodique –, démonstration est faite : Tosti interprété ainsi mérite considération.

 

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