La triste Magelone

The Songs of Brahms - 5

Par Hélène Mante | sam 22 Novembre 2014 | Imprimer

Les versions de la Belle Magelone de Brahms ne courent pas les rues. On espérait donc beaucoup de ce disque réunissant le baryton britannique Christopher Maltman, dont on sait l’affinité avec le monde de la mélodie et du lied, et le pianiste Graham Johnson, déjà maître d’oeuvre de tant de projets en la matière chez Hyperion (intégrales Schubert, Schumann, mais aussi Chausson, Chabrier, Gounod, Fauré etc.). Las ! Méforme passagère ou état vocal représentatif de l’artiste aujourd’hui, Christophe Maltman se bat ici d’emblée avec un vibrato douloureusement raidi et un aigu rétif. Keinen hat es noch gereut résume à lui seul ce qui nous attend dans les 57 minutes du disque. Sans l’appoint des épisodes narratifs parlés (comme avec Bruno Ganz aux côtés du baryton Roman Trekel pour Oehms en 2006), l’auditeur enchaîne ici les quinze mélodies du cycle où chaque épisode chevaleresque sent l’effort pour le contrôle du souffle et de la ligne, tandis que les pages davantage rêveuses permettent au baryton de retrouver pour un temps le charme qu’on lui connait. La mezza voce de War es dir?, la tendresse de Wir müssen uns trennen ou l’élégie rêveuse de Ruhe, Süssliebchen, le pivot narratif central du recueil, laissent aux mots la primeur, quand tant d’autres jouent la carte de la joliesse du timbre et du chant. Malheureusement, dès le retour des éclats (Verzweiflung), l’émotion pâtit de la raideur du chant. 

Graham Johnson, à son habitude, cisèle chaque page avec une finesse de touche incroyable, créant pour chaque mélodie une atmosphère unique tout en réussissant à maintenir une unité de ton  – unité de ton pourtant bien difficile à trouver, avouons-le, dans ce cycle. On n’ira pas jusqu’à dire que les deux artistes oeuvrent sur deux plans différents, car l’entente est objectivement au rendez-vous. Mais les moyens de l’un et de l’autre sont ici trop différents (fluidité, souplesse du piano ; raideur plus générale, on l’aura compris, chez le baryton) pour que l’auditeur puisse se défaire de la fâcheuse impression d’une rencontre un peu manquée. Si l’on souhaite une Schöne Magelone interprétée par un baryton, on se reportera aux enregistrements de Dietrich Fischer-Dieskau (à diverses reprises depuis Cologne en 1952, Audite, avec Richter en 1965 à Aldeburgh, Orfeo, ou la version de studio avec Demus, Decca), Hermann Prey (Orfeo) ou plus près de nous, Wolfgang Holzmair (Tud). 

Soulignons cependant une fois encore la qualité du livret fourni, aussi détaillé et précis que possible malgré la minceur du format CD.

 

 

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