Superbe Beczala

Faust

Par Christian Peter | mar 22 Mars 2011 | Imprimer
Captée sur le vif au Staatsoper de Vienne, cette nouvelle version de Faust dispose de nombreux atouts, au premier rang desquels sa distribution homogène, constituée de solistes chevronnés, capables de s’exprimer dans un français intelligible. De plus, elle comporte des pages essentielles qui ont longtemps été omises, tant à la scène qu’au disque, notamment l’air magnifique de Marguerite « Il ne revient pas », au début du quatrième acte et celui de Siebel qui lui succède, « Si le bonheur ». Dans la plaquette de présentation, Bertrand de Billy souligne l’importance de ces pages qui, outre leurs qualités musicales, confèrent davantage de consistance aux personnages concernés. D’autre part, il justifie l’absence du ballet, composé à contrecœur par Gounod pour l’Opéra de Paris.
 
Maître d’œuvre de cette entreprise, le chef français livre une lecture extrêmement théâtrale et fouillée de l’ouvrage, avec des tempi plutôt alertes, sans jamais forcer le trait, tout en respectant les diverses composantes du drame. L’orchestre sonne superbement et la prise de son est excellente.
 
Membres de la troupe du Staatsoper, Michaela Selinger, mezzo-soprano au timbre juvénile, campe un Siebel attendrissant à souhait et Adrian Eröd défend avec conviction son personnage au point de rendre sa mort poignante. L’élégance de son style et sa diction exemplaire font de lui l’un des meilleurs Valentin de la discographie.
 
Kwangchul Youn possède la noirceur vocale qui convient à Méphisto. Son « Veau d’or » a toute la vaillance requise et il se montre véritablement inquiétant dans la scène de l’église. La sérénade du quatre est sarcastique à souhait, même si, dans le second couplet, la basse coréenne a tendance à forcer légèrement le trait. 
 
Les parisiens se souviennent de la touchante Marguerite que Soile Isokoski a interprétée à l’Opéra Bastille au printemps 2001. Avec les années, le medium s’est assombri et si la voix n’évoque plus tout à fait une jeune fille, notamment dans l’air des bijoux, la cantatrice finlandaise parvient à incarner une héroïne pudique et réservée. Ses meilleurs moments sont la scène de la chambre et le trio final qu’elle couronne d’un aigu rayonnant.
 
Enfin, Piotr Beczala accomplit une performance de haute volée : doté d’une voix saine, homogène sur toute la tessiture, et d’un aigu solide, émis avec une grande facilité, le ténor polonais séduit d’emblée par l’élégance de sa ligne de chant qui fait merveille, notamment dans la « Demeure chaste et pure » où il n’est pas sans évoquer le jeune Gedda. Tant de qualités, auxquelles s’ajoute une prononciation soignée, font de lui un Faust proche de l’idéal.
 
Si elle ne détrône pas l’intégrale de Michel Plasson, référence moderne de l’œuvre, cette version se hisse sans peine sur les sommets de la discographie et mérite largement le détour.
Christian Peter
 

 

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