En attendant l'intégrale

Schumann : Myrthen

Par Alexandre Jamar | jeu 14 Novembre 2019 | Imprimer

Les Myrthen de Schumann sont un cycle un peu à part. Contrairement aux Dichterliebe, aux Frauenliebe und -leben, ou même aux Kerner-Lieder, le cycle rassemble plusieurs poètes (de plusieurs nationalités) et cette même diversité poétique implique une diversité de voix. Avec ses 26 numéros divisés en quatre livres, il est aussi bien plus long que les autres opus lyriques de Schumann. Ce dernier s’illustre cependant plus que quiconque dans l’art de la miniature et de l’opposition des contraires. Plus qu’un pastiche hétérogène, il propose ici un dialogue amoureux entre deux chanteurs. Comme il se doit, le cycle est dédié à Clara Schumann « à l’occasion de la veille de notre union », précise le compositeur dans une dédicace manuscrite.

Pour ce deuxième volet d’une intégrale Schumann, le duo formé par Christoph Gerhaher et Gerold Huber a fait appel à la soprano Camilla Tilling. Tous trois sont de subtils musiciens, et rivalisent de finesses dans ces fragiles miniatures. Camilla Tilling est peut-être moins soigneuse dans sa prononciation de l’allemand, mais elle se rachète par la précision de son phrasé mélodique. Sa tendance à alléger un peu la voix connaît quelques limites à partir du registre aigu (« Die Lotusblume »), mais s’avère très efficace dans les mélodies moins sollicitantes vocalement. Son « Lied der Braut II » ou encore le « Was will die einsame Träne » sont d’une simplicité à fendre l’âme.

Christian Gerhaher cultive lui aussi la légèreté, quitte à se faire passer pour un ténor : dans « Leis’ Rudern hier, mein Gondolier » ou encore « Du bist wie eine Blume », le timbre brillant et droit nous fait presque douter de la nature de baryton du chanteur. « Setze mir nicht, du Grobian » mais surtout « Talismane » se chargent de nous le rappeler.
Ici aussi, la clarté de la ligne est de mise, particulièrement dans les lieder plus lents. Une des grandes réussites de l’album est un « Aus den Hebräischen Gesängen », où le piano concourt à une délicieuse atmosphère de désolation.
Le jeu de Gerhold Huber convient tout à fait à Schumann. Il en fait ressortir les particularités d’écriture, et dessine chaque miniature musicale de traits précis et délicats.

Sony Classical annonce la fin de l’intégrale d’ici 2020. Les promesses de cet album nous permettent d’attendre le meilleur de cet évènement discographique.

 

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