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Sacred Arias

Par Frédéric Platzer | lun 18 Mars 2013 | Imprimer
 
Après un bel album consacré à des œuvres de Telemann appartenant au monde de l’opéra, voici que se présente un nouveau disque mettant en valeur la soprano Dorothee Mields, disque a priori plus « sévère » car consacré à de la musique sacrée allemande de la seconde moitié du XVIIe siècle. Le programme mêle des compositeurs déjà bien connus du grand public (Pachelbel, Buxtehude ou Bruhns) à d’autres beaucoup moins joués et a fortiori enregistrés (Bernhard, Tunder, Becker, Strungk et Förtsch), ayant tous la particularité d’être nés de une à trois générations avant Jean-Sébastien Bach et d’avoir mené conjointement des carrières de solistes (violon ou orgue), de musiciens d’Église et/ou de compositeurs d’opéras, parmi les premiers en Allemagne. Six œuvres de musique sacrée protestante – en allemand, donc – écrites pour voix de soprano et accompagnement instrumental léger s'ajoutent à trois pièces de musique de chambre (à 3 et à 4 parties) appartenant en grande part au domaine de la suite instrumentale.
Tout débute par une magnifique et étonnante œuvre de Christoph Bernhard (sur le texte du Psaume 130) qui associe 2 violons et la basse continue aux délicieux mélismes de la chanteuse, toujours très soucieuse du sens du texte, ici plus que jamais fondamental. La cantate suivante, avec l’ajout d’une viole de gambe à l’effectif précédent, est due à Buxtehude et confirme la place du compositeur comme musicien majeur du XVIIe allemand, ouvert aux influences tout aussi bien françaises qu’italiennes (il n’y a qu’à entendre l’amen final tout en vocalises). On poursuit avec Franz Tunder qui est ici représenté par deux airs dont le premier est une variation sur le choral An Wasser flüssen Babylon, œuvre comme Bach en fera tant lui-même quelques années plus tard, dans un style étonnamment très proche en dépit du demi-siècle séparant les deux musiciens. Le second, Ach Herr, lass Deine lieben Engelein, alterne les courtes plages instrumentales avec les séquences laissant la voix s’exprimer. L’œuvre la plus longue de l’album – Jauchzet dem Herrn alle Welt (le Psaume 100) – est une cantate de Nicolaus Bruhns, en général plus connu comme compositeur de pièces pour orgue. Très opératiquement, les mots importants du texte sont souvent prétextes à de longues vocalises dont l’intérêt musical n’est pas toujours très évident. Mais lorsque le tempo se ralentit ou bien que se déploie une séquence polyphonique en imitations, la musique reprend alors le dessus par rapport à une simple démonstration de virtuosité, ce qui arrive heureusement la plupart du temps ici. Pour finir le programme vocal, les musiciens interprètent une œuvre de Förtsch qui repose sur le même texte qu’au début, le Psaume 130, mais dans un style beaucoup plus sévère que pour la partition de Christoph Bernhard.
Avec ce programme, la soprano allemande Dorothee Mields nous emmène dans un univers musical exigeant, sans discussion possible tant sa prestation est convaincante. Sa voix est tout à la fois souple, énergique, claire, expressive mais également puissante lorsque nécessaire. Nous retrouvons avec bonheur toutes les qualités qui avaient déjà été soulignées lors du disque précédent et qui vont nous faire languir en attendant le suivant. Elle est magnifiquement accompagnée par le Concerto Melante (d’après l’anagramme sous lequel Telemann se désignait lui-même), ensemble de huit musiciens sans chef déclaré qui bénéficie de trois pièces instrumentales aux effectifs légèrement différents qui ne servent en aucun lieu de bouche-trous ou de faire-valoir aux pièces vocales. La première d'entre elles, en fa dièse mineur – tonalité rarissime à l’époque – est de Pachelbel tandis que les deux autres sont de Becker et de Strungk, jusque-là de parfaits inconnus mais dont les musiques ici présentées sont assurément très valables. Toutes sont très italiennes dans leur expression et enchaînent de courtes séquences tour à tour marquées par la danse ou le sérieux contrapuntique, ce qui en fait de parfaits compléments aux pièces vocales.
Pour conclure, applaudissons sans réserve à ce disque magnifique qui met tout aussi bien en valeur des partitions peu fréquentées et des interprètes de tout premier ordre avec à leur tête Dorothee Mields. Cette magnifique musicienne, au fil de sa discographie, s’impose comme l’une des voix à suivre de la musique baroque.
 
Sur Qobuz :
Sacred Arias | Compositeurs Divers par Dorothee Mields
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

 

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