Mysticisme polonais

Stabat Mater, op. 83

Par Nicolas Derny | jeu 02 Octobre 2008 | Imprimer
Bien qu’il fut le plus grand compositeur polonais de son temps (j’écrirais « de l’histoire » si je ne craignais de mourir « accidentellement » écrasé sous un Pleyel d’où résonneraient encore quelques pleurnicheries au chromatisme chopinien…), Karol Szymanowsky et sa musique si surprenante restent méconnus du « grand » public. Son néo-classicisme, son romantisme et son éclectisme dérangent… Pourtant, l’écriture est toujours raffinée, sensuelle, mystérieuse et très fine. En matière de musique vocale, ses opéras (dont Le Roi Roger) et son Stabat Mater sont autant de chefs d’œuvres. Difficile de ne pas également mentionner un corpus pianistique passionnant, de magnifiques concertos pour violon et quelques pages symphoniques admirables.
Tout d’abord conçu comme un « requiem paysan », le Stabat Mater (1926), dont le texte est traduit en polonais, est marqué par le fossé qui sépare l’écriture « archaïsante » des parties chorales (très monolithiques) et la finesse infinie de l’accompagnement orchestral. Le caractère essentiellement intimiste de l’oeuvre est rompu çà et là par quelques démonstrations de force d’un effectif assez limité. Les pages religieuses suivantes (Veni Creator et Litanies à la Vierge Marie) appellent les mêmes commentaires. Les deux pièces qui complètent le programme de ce disque (Demeter et Penthesilée), largement antérieures à ces pages, sont également remarquables, même si elles n’égayeront pas les soirées automnales des amateurs de bel canto…
Outre la beauté de cette musique, c’est la direction d’Antoni Wit qui attire l’attention sur cet enregistrement. Le chef parvient à équilibrer la dualité de l’écriture chœur/orchestre d’une savante manière. Une main de fer (la direction du chœur) dans un gant de velours (mise en lumière des subtilités de l’instrumentation et souplesse du phrasé) qui met parfaitement en valeur les trouvailles harmoniques de ces partitions. Si Iwona Hossa a du mal a dissimuler ses limites dans l’aigu et manque à certains moments d’assurance dans l’intonation de cette musique difficile, la prestation des chanteurs est dominée par Ewa Marciniec, solide mezzo-soprano qui s’illustre surtout dans Penthesilée et par le baryton Jaroslaw Brek, semble-t-il taillé pour l’opéra russe… Une très belle version à prix économique, idéale pour découvrir cette musique tellement envoûtante.
Nicolas Derny
 

 

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