Alma, Maurice et Alexander

Muses

Par Laurent Bury | mar 18 Octobre 2016 | Imprimer

Commençons par dissiper toute ambiguïté : Isabelle Druet chante fort bien les mélodies réunies sur ce disque, son timbre correspond parfaitement à ce qu’exigent les différentes partitions, et c’est une excellente chose que notre compatriote puisse sortir du strict cadre du récital voix et piano pour aborder un exercice d’une autre dimension. Quant à Anne Le Bozec, on sait la place de choix qu’elle occupe aujourd’hui parmi les pianistes accompagnateurs en France, et se présence est ici un gage supplémentaire d’exigence et de qualité. Très peu de choses à reprocher par ailleurs à l’Orchestre Victor Hugo Franche Comté qui se montre à la hauteur des enjeux, sous la direction de Jean-François Verdier.

Non, ce qui rend perplexe, c’est la composition du programme, qui repose presque exclusivement sur des orchestrations et autres arrangements. La plage la plus longue est ainsi consacrée à la Pelléas et Mélisande Symphonie, habile assemblage de quelques-unes des pages les plus marquantes de l’opéra de Debussy réalisé par Marius Constant. L’inclusion de ce morceau permet à l’orchestre de passer au premier plan pour faire valoir ses qualités, même si l'on pourra trouver qu'il manque un peu de tension théâtrale dans ce mini-drame. Le lien avec le reste des œuvres est bien sûr Maeterlinck, auteur des Six mélodies de Zemlinsky. Mais là où l’on s’étonne, c’est de trouver successivement deux versions de ce recueil, d’abord la partition pour chant et piano, signée du compositeur, puis son orchestration par Gösta Neuwirth. Etrange idée que de mettre ainsi bout à bout deux fois la même œuvre, certes dans deux versions différentes, mais qui pousse le souci pédagogique un peu loin.

Enfin, de Zemlinsky on passe assez naturellement à Alma Mahler, dont quatre Lieder sont ici interprétés en version orchestrée uniquement, orchestration due à David et Colin Matthews. Si souci pédagogique il y a, il ne s’étend pas jusqu’à donner dans le livret d’accompagnement quelques informations sur ces orchestrateurs. Renseignements pris, il apparaît que Gösta Neuwirth est un professeur et compositeur autrichien né en 1937, spécialiste de Schreker, entre autres ; son orchestration date de 1995. Quant aux frères Matthews, nés en 1943 et 1946, ces compositeurs britanniques sont, eux, de fervents admirateurs de Mahler.

Peut-être cette admiration de spécialistes inspire-t-elle trop de respect aux orchestrateurs pour qu’ils se permettent trop d’originalité dans leur travail, toujours est-il que ces arrangements n’apportent pas une plus-value incontestable. On se demande même si la version pour piano n’est pas plus forte dans sa sobriété même. A peine l’intervention d’un accordéon introduit-elle un semblant d’originalité dans les orchestrations de Gösta Neuwirth.

 

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