Les Vêpres selon Schippers

Vêpres

Par Marcel Quillévéré | mar 06 Octobre 2009 | Imprimer
 
Il y a des enregistrements d’opéra qui vous captivent dès les premières mesures. Cette captation en direct des Vêpres Siciliennes de Verdi réalisée par la RAI le 5 décembre 1970 au Teatro Olimpico de Rome est de ceux-là. Il faut dire qu’avec les chanteurs réunis ce soir-là et Thomas Schippers à la baguette, il ne pouvait gère en être autrement.
Dès les premières croches des timbales auxquelles répondent des cordes tout aussi fiévreuses (cellule rythmique associée souvent chez Verdi à la fatalité du destin) on est au cœur du drame qui va se jouer, avec en toile de fond, le massacre des garnisons françaises par les Siciliens, à la sortie des Vêpres à Palerme, en mars 1282. Et l’on sait, dès le début, que la tension ne va pas se relâcher  L’ouverture dirigée par Schippers est en soi un chef d’œuvre (comme le prélude de l’acte IV). Il parvient, comme tout au long de l’opéra, à obtenir de l’orchestre et des choeurs de la RAI une précision souvent exemplaire tout en laissant s’épanouir les longues phrases verdiennes avec un souffle et un lyrisme époustouflants. Même les courtes interventions dialoguées du chœur, ciselées et tirées au cordeau, ont l’urgence du drame. Dès la première cantilène des vents à laquelle répond le grand chant d’amour des cordes, après un presto qui vous tient en haleine, l’attention ne se relâche plus jusqu’à la fin. Thomas Schippers est mort à 47 ans en 1977. Comme beaucoup de très grands chefs d’opéra, il avait commencé sa carrière comme chef de chant (au Met de New York) et cela s’entend : c’est un chef qui chante !
Il dirige, de plus, une distribution hors pair. Les Parisiens se souviennent sûrement encore de la redécouverte des Vêpres à Garnier quand Liebermann avait engagé Martina Arroyo en 1976 dans cette superbe production signée Josef Svoboda où tout se jouait sur un énorme escalier. C’était 6 ans après ce concert, à Rome, où la cantatrice américaine est encore plus émouvante que dans l’enregistrement qu’elle a réalisé par la suite en studio. Une voix d’ambre et de velours avec la vaillance que requiert ce rôle si exigeant, même si elle sait moins bien dessiner qu’une Callas, par exemple, les agilités de certains airs. La splendeur de la voix est impressionnante, égale sur toute la tessiture, avec des graves et des aigus tout aussi éclatants (les si et ut de son premier air sont éblouissants). Et quelle émotion, comme dans duo Elena-Arrigo au 4è acte!
A ses côtés, Sherrill Milnes, l’un des plus grands barytons verdiens de notre époque, est bouleversant. Il chante avec cette clarté et cette ampleur que Verdi voulait et cet art consommé de « recitare ». Il suffit d’écouter le récit au début du 2è acte et l’air « In braccio alle dovizie ». Une leçon de chant dramatique : quel bel italien, quel art de chanter un texte et quelle musicalité !
A leurs côtés, le ténor Gianfranco Cecchele, beau ténor verdien, lui aussi, aux aigus solides et radieux et la basse Bonaldo Giaiotti dont la belle voix et la simplicité font toute l’émotion de « O tu Palermo ». Ils ont cet art du chant italien constamment sur le souffle, avec un puissant legato qui font le bonheur des amateurs de bel canto. Tous les autres rôles sont magnifiquement tenus. Schippers sait construire avec eux des scènes passionnantes et jamais anecdotiques.
Un disque à écouter et réécouter. De surcroit à un prix très raisonnable (mais sans livret et texte explicatif).
 
Marcel Quillévéré

 

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