Le fantomatique Andrea Chénier d'Andrea Bocelli

Andrea Chenier

Par Claude-Pascal Perna | lun 19 Avril 2010 | Imprimer
Umberto Giordano s’inspire d’un texte du librettiste Luigi Illica (1857-1919) pour Andréa Chénier, son quatrième opéra et son succès lyrique le plus populaire. En vogue en Italie à la fin du XIXème siècle, il avait affirmé sa réputation en s’associant avec Giuseppe Giacosa pour les livrets de La Bohème, Tosca et Madama Butterfly. Pour cet opéra en quatre actes, l’auteur s’inspire de la vie mouvementée du poète et journaliste révolutionnaire français André-Marie de Chénier, dit André Chénier (1762-1794.) La création connaît un vif succès au Teatro alla Scala le 28 mars 1896 : cette victoire pour Umberto Giordano ne se démentira jamais, puisque cet opéra est toujours à l’affiche des théâtres mondiaux – avec, dans une moindre mesure, Fedora -, contrairement à d’autres compositions telles que La mala vita, Regina Diaz ou encore, Marcella qui sont quant à elles tombées dans l’oubli.
Le caractère insoumis, exalté et idéaliste d’André Chénier est mis en exergue par le compositeur et sur le plan musical, son caractère véhément, passionné et enjoué, exige une vocalité de ténor demi-caractère affirmée, en mesure d’affronter une orchestration dense et une riche palette de couleurs. D’emblée, si l’écoute de cet enregistrement procure quelques satisfactions, force est de constater que les incursions d’Andrea Bocelli dans des emplois de ténor spinto ne font que prouver une nouvelle fois au studio, de manière éclatante, combien l’inadéquation de cette voix lègère, à l’étoffe inégale, est hors de propos dans ce rôle, “miscast”, dirait-on dans les pays anglo-saxons. Andrea Bocelli grossit sa voix ténue en gonflant et ouvrant les sons dans les passages mezzo-forte et forte. En obscurcissant son timbre naturellement clair dans les passages dramatiques, voix pourtant non dénuée de charme, sa caractérisation du personnage se maintient constamment en retrait. Si par instants, on succombe à l’italienité contagieuse du chanteur et à la franchise de l'accent, l'enchantement est de courte durée. L'absence flagrante de mordant et de réelle vaillance (Si, fui soldato) font que l’on peine à reconnaître Andrea Chénier dans ce chant fruste. Dès son air d'entrée, jusqu'au terrible duo final du 4ème acte, cet Andrea Chénier format de poche nous fait craindre une course trop précipitée vers l'échafaud. Avec la Maddalena di Coigny de Violeta Urmana, on retrouve la dignité d'une interprétation sincère et passionnée. La voix, jadis imposante et cuivrée dans le registre de mezzo-soprano, peine à maintenir la rondeur nécessaire à une émission homogène. Les graves et le bas medium demeurent essentiellement ceux de la Violeta Urmana de jadis, mais le timbre s'est décharné dans l'aigu, ce dernier paraissant désormais blanchi, voire metallique, particulièrement dans les passages forte.  Mais l'engagement de l'artiste, son tempérament dramatique et sa maîtrise de la ligne de chant, font de sa Maddalena un personnage crédible et attachant. Tout au plus aurait-on souhaité une meilleure diction, une clarté plus incisive de la langue italienne.  Que dire de la Madelon de la vétérane Elena Obraztsova ? Son timbre reconnaissable entre tous, est demeuré intact, après de longues années de métier. Et du métier, l'artiste en a à revendre. Alors ce ne sera pas le vibrato, présent depuis quelques années déjà qui ternira cette caractérisation enjouée. Une autre agréable surprise provient du Gérard de Lucio Gallo, qui finalement tire le mieux son épingle du jeu. Cheval de bataille des barytons , ce rôle exige une voix large, à la projection insolente: Lucio Gallo se montre convaincant dans sa caractérisation du personnage et la beauté de son timbre vient confirmer cette belle appréciation. Sa maîtrise du phrasé, le contrôle de sa ligne de chant sont exemplaires. Saluons l’ensemble de la prestation des deuxièmes rôles, restituant une magnifique et cohérente homogénéité vocale et dramatique, chacun trouvant les justes inflexions. Enfin, la direction d’orchestre du fougueux Marco Armiliato, à la tête de l’Orchestra Sinfonico et Coro di Milano Giuseppe Verdi, livre une lecture limpide, extrêmement dynamique et enjouée, empreinte d’une belle sensibilité. Si André Chénier n’est certainement pas au diapason ici, Andrea et ses partenaires nous offrent une alternative somme toute satisfaisante du chef-d’œuvre d’Umberto Giordano.
 
Claude-Pascal PERNA
 

 

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