Jonas avant la baleine

Der Vampyr

Par Laurent Bury | lun 09 Décembre 2013 | Imprimer
 
Avant de devenir une des Baleines blanches de l’art lyrique, il fut un temps où Jonas Kaufmann était un ténor « normal ». Où sans avoir une voix particulièrement haut perchée, il ne donnait pas l’impression de chercher à rendre son timbre plus sombre qu’il n’était, et où on lui confiait encore des rôles relativement mineurs, au lieu de construire des distributions entières autour de son nom. En 1999, alors que sa carrière débutait, Jonas K. n’avait que trente ans lorsqu’il enregistra Le Vampire, et il n’y tient évidemment pas le rôle-titre, confié à un baryton-basse ; Aubry est pourtant un des trois personnages centraux de cet opéra qu’on ne connaît guère en France, malgré la courageuse tentative de l’opéra de Rennes qui le programma en octobre 2008.
Créé sept ans après le Freischütz et deux ans avant Robert le diable, le Vampire de Marschner surfe sur la vague de l’opéra fantastique, en s’inspirant de la nouvelle publiée par John William Polidori, ami et médecin de Lord Byron. Au cours de l’été 1816, alors qu’il séjournait en Suisse avec Shelley et sa future épouse Mary, Byron eut l’idée d’un concours de contes horrifiques pour tromper leur ennui (le temps pluvieux les privait de toute promenade). Mary Godwin conçut le génial Frankenstein, sommet qu’aucun des autres participants n’égala. Byron laissa néanmoins un brouillon que Polidori utilisa pour en tirer une nouvelle publiée l’année suivante sous le titre The Vampire. Dix ans après, ce récit devint un livret pour Marschner. Dans l’opéra, le monstre tente de voler la vedette au jeune premier, cet Aubry qu’incarne Jonas Kaufmann au disque, mais inversement, alors que le texte de Polidori finit mal, l’œuvre de Marschner se conclut par un happy end, avec défaite du vampire et mariage de Malwina avec Aubry.
L’intégrale que réédite aujourd’hui Capriccio est loin d’être la seule, puisqu’elle avait été précédée par au moins trois autres, reflets de concerts ou de représentations publiques à Munich ou à Rome. Récente et enregistrée en studio, la présente version offre un confort d’écoute incontestable et, outre Jonas K., propose une distribution de qualité, même si elle ne se compose pas que de noms célèbres, loin de là. Seule exception, Franz Hawlata dans le rôle principal. Hélas, interprété par le baryton allemand, le héros byronien devient un cousin d’Ochs von Lerchenau. Ce n’est pas le timbre du chanteur qui est en cause, ni même sa technique (encore que ses aigus fixes, plafonnés, soient parfois assez vilains), mais ses intonations terriblement plébéiennes, qui privent le vampire de la noblesse qui devrait être la sienne. Faute d’aristocrate perverti, il faut ici se contenter d’un méchant assez peu séduisant. Dans le rôle de Sir Humphrey, la basse Markus Marquardt s’exprime avec beaucoup plus de style. La soprano Regina Klepper, protagoniste de plusieurs intégrales d’opéra chez Capriccio, prête à Malwina une voix flexible et charmante qui s’accorde bien avec celle de Jonas Kaufmann, et sait faire preuve de virtuosité quand il le faut. Timbre légèrement plus opaque, Anke Hoffmann cumule les deux autres rôles féminins, les deux premières victimes du vampire. Sous la direction de l’Autrichien Helmut Froschauer, un des chefs attitrés de la WDR de Cologne, le chœur et l’orchestre rendent pleinement justice à cette partition très marquée par Weber, où les scènes fantastiques évoquent immanquablement la Gorge aux Loups.
 
 

 

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