Le baryton de Toscanini

Giuseppe Valdengo, Italian songs

Par Jean Michel Pennetier | ven 17 Juillet 2015 | Imprimer

Giuseppe Valdengo a 33 ans quand Arturo Toscanini fait appel à lui pour être son Iago dans l’intégrale d’Otello qu’il dirige en concert pour la NBC en 1947. Satisfait, l’ombrageux maestro fera de nouveau appel à lui pour être Amonasro dans Aida en 1949 puis pour le rôle-titre de Falstaff en 1950. Parallèlement, la carrière américaine du baryton italien prend de l'ampleur, au New-York City Opera d’abord, puis au Metropolitan Opera où il chantera 121 représentations dans 18 rôles. Dans l’Europe en pleine reconstruction  d’après-guerre, ses apparitions sont plus rares : Rigoletto à l’Opéra de Paris, Raimbaud du Comte Ory à Glydenbourne ou encore le Prince Igor à Bologne. Valdengo disposait d’une voix saine, homogène sur la tessiture, typiquement italienne : un chant naturel, apparemment sans effort, robuste dans l’émission mais toujours musical. Aujourd’hui, les théâtres s’arracheraient une telle voix, mais à l’époque le baryton italien dût faire face à des concurrents tels Robert Merrill et Lawrence Tibbett (pour ne parler que des États-Unis) et il ne fut jamais considéré comme faisant partie des meilleurs chanteurs du moment. En témoigne une carrière discographique assez terne en dehors des intégrales toscaniniennes déjà mentionnées. Enregistré en 1949, ce récital longtemps introuvable est donc une occasion de faire ou refaire connaissance avec cette belle voix, dans un programme habituellement réservés aux ténors. Les amateurs de mélodies italiennes ne seront pas déçus : chacun des morceaux est interprété avec intelligence et sensibilité, et l’ensemble s’écoute avec plaisir sans aucune monotonie. Il est dommage que l’éditeur n’ait pas inclus le texte de ces mélodies, même sous forme d’un lien de téléchargement, ce qui aurait permis d’apprécier davantage ces petites tranches de vie, tantôt graves, tantôt joyeuses. Pas un mot non plus sur l'orchestrateur de ces mélodies. Fort judicieusement, le CD est complété avec le report d’un récital introuvable consacré cette fois à des airs d’opéra. Dans le « Pari siamo » de Rigoletto, Valdengo est impeccable, mais le « Cortigiani » qui suit montre des difficultés dans l’aigu, s'étranglant à deux reprises. Gounod et Thomas sont chantés en italien : « Avant de quitter ces lieux » est interprété avec élégance, mais le brindisi d’Hamlet manque de l’agilité nécessaire. Le récital se conclut par un prologue de Pagliacci guère plus convaincant, avec là encore un aigu difficile. Pour l’ensemble de ces airs, le placement de la voix semble plus nasale, comme si le baryton avait été enregistré un jour de méforme. Dans les deux cas, l'accompagnement est assuré avec professionnalisme par Alberto Erede.

Longtemps réputé pour la perfection technique de ses publications, Decca n’est pas ici à la hauteur de sa réputation. La pochette a beau afficher un pompeux « Super Digital Transfer 24-bit / 192 kHz », ce CD semble être tout bêtement le repiquage d’un vieux 33 tours pas trop usé, avec des aigus qui saturent,un son qui varie d’une plage à l’autre, de l'écho, et même, sur la plage 12 (entre autres mais ici de façon plus éclatante qu'ailleurs), une demi-douzaine de ces craquements caractéristiques d’un disque abimé : désinvolture étonnante quand on sait qu’il existe depuis plus de 20 ans des logiciels tels CEDAR (Computer Enhanced Digital Audio Restoration) qui ont permis de restituer la voix de Caruso sans parasites. Autant dire qu’on est très loin de la qualité de la nouvelle intégrale Callas reconstituée à partir des masters originaux.

 

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