En mal de légèreté profonde

Mélodies françaises

Par Marcel Quillévéré | jeu 16 Juillet 2009 | Imprimer
Lors de la parution, en automne 2008, de ce CD de mélodies françaises interprétées par la basse italienne Carlo Colombara et Rani Calderon au piano, la firme Dynamic a été saluée pour son audace. Confier, en effet, un récital de ce genre à l’une des grandes basses italiennes d’aujourd’hui est un défi qui peut être tout à fait passionnant (Une « grande voix » s’attaque à la mélodie française !), surtout quand on sait que Carlo Colombara, plus que beaucoup de ses collègues, aime ces chemins de traverse qui l’éloignent un moment des grandes scènes lyriques. Sa Rencontre (tel est le titre du CD) aurait pu favoriser une approche différente et intéressante de ces mélodies que l’on a tant entendues. Mais le résultat reste très mitigé. Ce disque est donc à recommander avant tout aux fans de Colombara qui l’ont vu triompher dans les grands rôles de son répertoire habituel, de Rossini à Verdi. Ils le retrouveront avec plaisir dans les merveilleuses mélodies que Jacques Ibert avait écrites en 1932 pour Feodor Chaliapin, interprète de Don Quichotte dans le film de Pabst (Dans la Chanson de la Mort on imagine déjà Colombara dans le Sancho de Massenet et on pense encore à l’opéra!). Ses phrases amples et lyriques et la tessiture conviennent parfaitement à sa voix sombre et cuivrée. Le reste n’est pas hélas à l’avenant.
Le disque débute par Fauré que le pianiste Rani Calderon interprète avec profondeur et finesse mais Colombara ne parvient que par brèves fulgurances (« Je songe au soleil du souvenir vainqueur » d’Automme ou la deuxième mélodie du Poème d’un Jour), à donner à son chant, soudain simple et émouvant, la douceur de velours d’un José Van Dam par exemple. Il parvient trop peu à équilibrer ces deux registres et les œuvres perdent beaucoup de leur sens. Rani Calderon interprète divinement Reynaldo Hahn mais là où Reynaldo lui-même aurait chanté ces mélodies en leur évidente simplicité, comme une chanson, Carlo Colombara doit composer sans cesse pour parvenir à cette même « légèreté profonde » (Il faut réécouter Hahn dans ces enregistrements). Même Duparc, favori, à priori, des chanteurs d’opéra, n’y échappe pas et le piano de Calderon devient lui-même agressif et métallique dans Le Manoir de Rosemonde.
Il faut donc revenir à Panzéra, Souzay, Felicity Lott, etc., voire à certains jeunes chanteurs français et anglo-saxons (dont certains issus de la musique baroque) qui abordent ce répertoire avec une fraîcheur nouvelle.
 
Marcel Quillévéré

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