Elias de salon de thé

Elias

Par Julien Marion | mar 14 Octobre 2014 | Imprimer

Avec la collection « Héritage », Harmonia Mundi assaisonne quelques-un des enregistrements déjà anciens en les gratifiant d’un nouvel habillage (une mince pochette cartonnée remplace le traditionnel coffret en plastique). La première livraison de six parutions mélange de l’opéra (Orfeo ed Euridice, Il Giasone) avec de la musique sacrée (Selva Morale de Monteverdi, Psaumes de David de Lassus). C’est dans cette dernière catégorie que se range Elias de Mendelssohn dirigé par Philippe Herreweghe à Metz en février 1993.

On y retrouve les atouts des lectures sur instruments d’époque (belle couleur du son, très aéré, clarté et transparence de la lecture, équilibre voix/orchestre), mais aussi quelques tics baroqueux bien connus et plus déplaisants (cuivres omniprésents, cordes anémiées…).

La direction de Philippe Herreweghe, qui effectuait alors ses premiers pas dans l’oratorio romantique, appelle des commentaires nuancés. Elle séduit de prime abord par sa clarté, sa légèreté et son refus de toute pompe. Mais rapidement, elle apparaît trop retenue, presque timide, affichant une tendance à la préciosité, voire à la mièvrerie, autant de pêchés rédhibitoires chez Mendelssohn. Cette approche tout en retenue a pour effet fâcheux de gommer le caractère épique du récit (patent dans la seconde partie, où l’on a du coup tendance à s’ennuyer un brin). La parenté avec Haendel, pourtant évidente par endroits, tombe à plat. Manquent la tension, le souffle, les abîmes… tout ce qui fait d’Elias une œuvre majeure dans le répertoire religieux romantique.

Ce jugement contrasté vaut tout autant pour les prestations du chœur, qui occupe dans Elias une place centrale. Là aussi, les réussites sont indéniables, notamment dans les passages à l’écriture contrapuntique ou qui invitent à l’introversion : le quatuor « Wirf dein Anliegen auf den Herrn » (N. 15), recueilli, est ainsi un exemple d’orfèvrerie chorale, une absolue réussite, tout comme « Hebe deinen Augen auf » suivi de « Siehe, der Hüter Israëls » (N. 28-29), passages qui devraient être cités en exemple à tous les apprentis chefs de choeur.

À l’inverse, les scènes de masse déçoivent, le plus souvent faute d’ampleur. Ainsi, « Baal, erhöre uns ! » qui devrait être un cri, une imploration, fait davantage penser à une aimable invitation à boire le thé. On retrouve parfois ces mêmes travers dans les interventions solistes. Les vocalises sur « Hammer » dans « Ist nicht des Herrn Wort wie ein Feuer », au lieu d’inspirer l’effroi, sonnent comme des éclats de rire…

Du côté des solistes, Petteri Salomaa campe un Elias au timbre clair, capable d’une belle intériorité dans « Herr Gott Abrahams », « So schaue nun vom Himmel herab » (N. 19) ou « Es ist genug ». Lui manquent l‘aplomb, la stature du prophète. Soile Isokoski séduit dans un registre très épuré, quant aux prestations de Monica Groop et John Mark Ainsley, elles ne déparent pas l‘ensemble.

Cette interprétation, on l’aura compris, ne bouleverse pas la discographie de l’œuvre, qui reste dominée par les témoignages de Wolfgang Sawallisch (indémodable, Philips), Rafaël Frühbeck de Burgos (pour Fischer-Dieskau, EMI) ou Neville Marriner (très équilibré, Philips) pour les enregistrements sur instruments modernes, ainsi que Paul Daniel (pour le couple Terfel/Fleming, DECCA) ou, plus récemment, Paul Mc Creesh (absolument stupéfiant, NFM) sur instruments d’époque.

 

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