Dommage pour l’image

La Cenerentola

Par Hélène Mante | mar 25 Juin 2013 | Imprimer
 
La nouvelle production de La Cenerentola donnée au Festival de Glyndebourne avait été abondamment commentée lors de sa création en 2005. Le metteur en scène Peter Hall avait en effet tiré le dramma giocoso vers la lutte des classes, avec une Angelina violentée par sa famille au point que l’on pouvait se demander si le coup de foudre pour Don Ramiro était sincère ou s’il était motivé par la nécessité absolue d’échapper à son sort. Après un DVD de cette création sorti chez Opus Arte, le Festival propose aujourd’hui, dans sa sympathique collection, un enregistrement live de la reprise de 2007, avec une distribution et un résultat musical sensiblement différents.
Le premier intérêt de cette captation réside dans la lecture de Vladimir Jurowski à la tête de l’Orchestra of the age of enlightment qui succède au London Philharmonic Orchestra. Les tempi sont vifs (à part pour la première partie du rondo final), voire très rapides, ce qui donne à l’ensemble un plaisant dynamisme. Le finale du I, la fin de l’air de Ramiro (« Dolce speranza, freddo timore… ») sont même défrisants, sans que la cohésion d’ensemble en pâtisse. Jurowski, qui a fait de Rossini un de ses compositeurs de prédilection, introduit ici et là quelques clins d’oeil musicaux bienvenus et encourage ses chanteurs à oser des variations inédites (notamment pour Dandini). L’Orchestra of the age of enlightment sonne sec, évidemment, mais cela reste acceptable, loin en tout cas des fausses notes de certains ensembles jouant sur instrument d’époque (on garde un souvenir épouvantable du Concerto Köln dans la même œuvre au TCE en 2003).
Côté solistes, la distribution est de très bon niveau. Dans le rôle-titre qu’elle assumait déjà en 2005, la mezzo Ruxandra Donose confirme ses qualités. Le timbre est beau, la vocalisation facile. Il ne manque qu’un peu de projection, de folie dans les variations et, pour tout dire, de personnalité, pour que sa prestation très solide touche à l’inoubliable. Son prince reste Maxim Mironov, entendu à Paris récemment dans le même rôle. En Ramiro, on peut sans doute préférer des ténors plus corsés, des voix plus amples et mieux projetées ou des variations plus débridées. Mais le chanteur russe, un peu pâle sur scène, est un Ramiro crédible vocalement.
Du côté des clefs de fa, on retrouve en Magnifico et en Dandini, avec un plaisir intact, deux des meilleurs barytons rossiniens de ces dernières décennies. Alessandro Corbelli, qui a chanté et enregistré tous les rôles de la partition à sa portée*, est un baron de Montefiascone pervers, vicelard et sadique à souhait. Vocalement, on l’a entendu en meilleure forme (notamment dans l’air du début du II, « Sia qualunque delle figlie »), mais cet immense chanteur est sans grand rival dans le rôle. En Dandini, Pietro Spagnoli est lui aussi excellent et les deux complices offrent un sol aigu à l’unisson à la fin du duo « Un segreto d’importanza ». Umberto Chiummo (Alidoro) parachève le trio des barytons sans démériter. La distribution est complétée par le duo des sœurs, Raquelle Sheeran et Lucia Cirillo, de très bonne facture.
Voilà donc un nouvel enregistrement de qualité dans une discographie qui n’en manque pas. A l’écoute, on se prend toutefois à regretter l’absence d’images. La qualité sonore est moyenne, avec une salle très présente et des spectateurs qui semblent s’en donner à cœur joie, si l’on en croit les rires fréquents. Pour ces soirées de Glyndebourne 2007, mieux aurait peut-être valu un nouveau DVD.
* Il a même enregistré Alidoro, avec Gabriele Ferro, chez Sony ; Don Magnifico avec Franco Rizzi chez Warner Classics et Dandini avec Chailly pour Decca.
 

 

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