Un grand oratorio magnifié

Die Letzte Dinge

Par Claude Jottrand | mer 04 Février 2015 | Imprimer

Créé à Cassel en 1826, Die Letzte Dinge, oratorio magistral de Spohr sur le thème du jugement dernier fut considéré à l’époque comme une œuvre de tout premier plan. Il faut dire que le compositeur jouissait déjà d’une réputation exceptionnelle en tant que violoniste virtuose, et était tenu en grande estime non seulement dans les villes où il avait été en poste, Gotha, Vienne et Frankfurt, mais aussi dans le reste de l’Europe et même en Angleterre. Spohr s’essaya au genre de l’oratorio à différentes reprises au cours de sa carrière, et pour la première fois en 1812 avec Das Jüngste Gericht, sur un thème très similaire. Plus tard, il livrera encore une passion (Des Heilands letzte Stunden) et Der Falls Babylons, respectivement en 1835 et 1842.

L’enregistrement que nous en livre ici Frieder Bernius et ses équipes est remarquable à plus d’un titre. Outre le mérite de tirer de l’ombre une partition un peu négligée (il existe cependant quelques enregistrements concurrents), il lui accorde un soin très attentif dans l’interprétation, des solistes de qualité, une direction inspirée, tous éléments qui ne font que souligner la qualité de la partition. Spohr interprété de la sorte rivalise sans rougir avec Beethoven. Il n’en a certes pas les audaces de forme, mais son inspiration mélodique et la rigueur de son écriture portent la partition très haut. L'œuvre n’est pas sans évoquer aussi, par ses élans lyriques, les grands oratorios de Mendelssohn, composés quelques années plus tard.

Mais venons-en à l’interprétation. Ce qui frappe tout d’abord, c’est l’exceptionnelle qualité du chœur : homogénéité des pupitres, unité d’intention, couleurs particulièrement soignées, très grande précision dans les détails, des attaques parfaites, on a là affaire à un phalange particulièrement en forme et à un chef remarquablement inspiré. Dans l’équipe des solistes, c’est le ténor qui se distingue le plus. Andreas Weller a un timbre sonore dans tous les registres, une grande aisance, et de la vaillance tant qu’il en faut, au point qu’il évoque, à certains accents héroïques, le Florestan de Fidélio. Nos commentaires sont un peu moins enthousiastes au sujet de la basse Konstantin Wolff dont la voix n’a peut-être pas toute la profondeur requise, malgré un beau timbre dans le medium. Les deux rôles féminins complètent heureusement cette distribution, dont on soulignera aussi l’engagement et la rigueur. L’impression d’ensemble est largement positive, Bernius signe ici, une fois de plus, une très belle et très nécessaire réalisation.

 

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