Une nuit d’amour ne s’oublie jamais

An Italian night

Par Christophe Rizoud | lun 17 Septembre 2018 | Imprimer

Prompt à exploiter le filon tant qu’il est juteux, Sony propose en CD, DVD et Blu-ray l’enregistrement du concert donné en plein air par Jonas Kaufmann dans le Théâtre de verdure de Berlin le 13 juillet dernier. Effet du mondial de football, comme nous l’avions suggéré non sans une pointe d’humour, l’album aurait dû s’appeler « sous les étoiles ». Une « Nuit italienne » déclinée en quelques langues a été préférée. Un partout, la balle au centre.

Humour, osions-nous. Des commentaires régulièrement courroucés de lecteurs et de lectrices nous le rappellent, on ne plaisante pas avec Jonas Kaufmann. Il existe autour du ténor bavarois une forme d’intégrisme qui interdit toute critique, même argumentée. Seul l’éloge le plus absolu est autorisé. Dans ces conditions, qu’écrire sur ce nocturne constellé de chansons napolitaines, si ce n’est qu’il est forcément merveilleux ? En grande forme, ovationné par un public récompensé de son enthousiasme par sept rappels, Jonas Kaufmann place l’étendue de sa palette expressive au service de chaque numéro, sans favoritisme, du lumineux « Cielo e mar », extrait de La Gioconda, à l’ensorceleuse bande originale du Parrain, « Parla piu piano », plus irrésistible encore chez Rota que chez Ponchielli. Confortée par l’écoute de Siegmund et Parsifal à Munich cet été, se pose la question de savoir pourquoi Jonas Kaufmann s’attache à un répertoire moins adapté à sa vocalité que d’autres. Pour le plaisir, répondrait Herbert Léonard. C’est une réponse valable. Est-ce la seule ?

L’autre bonne raison de revivre encore et encore cette nuit d’été italienne, si tant est qu’il en faille une, s’appelle Anita Rachvelishvili. Non lors des quelques chansons que la mezzo-soprano disperse au vent de l’oubli pour laisser à son partenaire le temps de souffler, mais le temps du duo de Cavalleria Rusticana où, en un froncement vocal de sourcil, se dessine superbe, à l’encre noire d’un timbre orgueilleux, le portrait jaloux de Santuzza.

Jochen Rieder dirige le Rundfunk-Sinfonieorchester Berlin, comme on dirige un orchestre la nuit en plein air, avec suffisamment de brillant pour donner aux paillettes l’illusion d’étoiles.

 

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