Violence à l’encontre des femmes à l'opéra : Fabiano monte au créneau

Par Christophe Rizoud | ven 05 Janvier 2018 | Imprimer

Après la fin de Carmen modifiée à Florence pour protester contre les violences faites aux femmes, sont-ce tous les livrets d’opéra qu’il va falloir épurer ? A Londres, dans la reprise de Rigoletto, Michael Fabiano refuse de considérer le duc de Mantoue comme le libertin macho et brutal voulu par la mise scène de David McVicar.

Dans une interview au site WhatsOnStage, le ténor explique avoir résisté à la manière dont on lui demande de se comporter sur scène avec les femmes dans cette production. Son interprétation de Mantoue se veut, certes sombre, mais aussi humaine, ainsi que le laisse supposer la tendresse désespérée de l’air « Parmi veder le lagrime » : « "McVicar est l'un des grands réalisateurs de notre époque », explique-t-il, « quand son Rigoletto a été créé en 2001, il était génial, mais à notre époque actuelle d'agression et de harcèlement à l'égard des femmes, je pense que les mentalités ont évolué. Même lorsque nous créons un  ouvrage vieux de 500 ans, nous devons être plus attentifs à ce qui se passe dans notre société ».

Côté Royal Opera House, on joue la carte de la tempérance : « Toute nouvelle production ou reprise comprend nécessairement un effort de collaboration entre le réalisateur et l'artiste qui interprète un rôle et bien sûr chaque artiste apporte quelque chose de nouveau à un rôle. La production actuelle de Rigoletto exprime puissamment le thème de la violence sexuelle contre les femmes mais la représentation du comportement n'implique pas son approbation. ». Sage parole qui évite de reconsidérer la quasi-intégralité du répertoire et, pour peu que les hommes – également victimes non consentantes dans de nombreuses œuvres – s’en mêlent, de fermer les maisons d’opéra. Quels ouvrages resteront à l’affiche si l’on applique la censure à la lettre ? Quels recours nous restera-t-il si l’opéra passe à la trappe, irrémédiablement condamné pour atteinte aux bonnes mœurs ? Si l'art représente la violence, ce n’est pas, nous semble-t-il, pour l’encourager mais pour la condamner. Faut-il aussi brûler Guernica ?

 

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