Rions un peu avec Anne-Sofie von Otter

Par Fabrice Malkani | jeu 05 Décembre 2013 | Imprimer

Accompagnée par Bengt Forsberg au piano – qui interprète aussi avec brio quelques pièces de Debussy et d’Alkan - et, pour certaines mélodies et chansons, par Bengan Janson à l’accordéon, la mezzo-soprano suédoise Anne-Sofie von Otter, spécialiste du cross-over, proposait à l’Opéra de Lyon ce premier dimanche de l’Avent un récital en deux temps. C’est surtout la deuxième partie de ce récital intitulé « Douce France », consacrée principalement à la chanson « populaire » (comme Les Feuilles mortes sur la musique de Joseph Kosma, Padam Padam de Norberg Glanzberg ou Göttingen de Barbara), qui procure manifestement un grand plaisir à un certain nombre de fans trépignant dans la salle, éclatant plus tard d’un rire sonore aux pitreries de la dame (dans « Elle tourne la terre » de Leo Ferré ou « Boum ! » de Charles Trenet) et applaudissant à tout rompre sans attendre les dernières notes. L’actrice s’amuse beaucoup elle-même en se livrant à diverses grimaces et en lançant des œillades assassines, mais la chanteuse fait passer aussi, fugacement, une authentique émotion avec Göttingen de Barbara ou Le Facteur de Moustaki, même s’il est permis de préférer l’original à la copie, d’autant que dans cette deuxième partie, à la différence de la première, Anne-Sofie von Otter prend un micro. Au début froide comme un glaçon dans une interprétation lugubre du Rêve d’amour de Fauré (texte de Victor Hugo), peinant à trouver la juste ampleur du son, le souffle court, elle se rattrape fort heureusement dans L’heure exquise de Reynaldo Hahn sur le texte de Paul Verlaine, et dans la Danse macabre de Saint-Saëns, qui met en valeur son art du phrasé, sa diction excellente et le timbre de sa voix enfin épanouie. De fait, on eût aimé qu’elle prolongeât ce type de répertoire dès lors qu’elle avait trouvé le juste équilibre et la plénitude de ses moyens plutôt que de la voir revenir dans une tenue plus décontractée (pantalon et tunique) pour la seconde partie, au ton curieusement décalé en ce lieu. Lorsqu’elle quitte la scène en dansant après les derniers rappels, comme saisie par le démon du rythme, elle laisse un curieux sentiment d’encanaillement mondain. Ce n’était pas le récital lyrique sans doute attendu à tort, mais un sympathique divertissement d’après-midi dominical. Peut-être l’impression eût-elle été toute différente dans un autre lieu. [Fabrice Malkani]
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