Michael Fabiano, Faust fringant à l'Opéra Bastille

Par Christian Peter | jeu 26 Mars 2015 | Imprimer

Huitième représentation, mercredi 25 mars, de Faust dans la mise en scène de Jean-Romain Vesperini à l’Opéra Bastille : le spectacle a trouvé son rythme de croisière. Les quelques décalages perçus le soir de la première ont disparu. Jean-François Lapointe est toujours un Valentin de luxe et Ildar Abdrazakov a gagné en assurance. Son Méphisto, plus narquois que véritablement inquiétant, ne laisse de convaincre au fil des actes, la sérénade notamment, joliment phrasée, sans les outrances qu’on y entend quelquefois, lui vaut un franc succès mérité. Krassimira Stoyanova est certes une Marguerite à la voix opulente, cependant elle ne parvient guère à émouvoir totalement même dans la scène de la chambre, irréprochable pourtant sur le plan vocal. Mais ce qui faisait l’intérêt de cette soirée, c’est le nouveau titulaire du rôle-titre : tandis que Piotr Beczala s’envolait sous d’autres cieux avec armes et bagages, Michael Fabiano, fraîchement débarqué d’Australie, endossait pour deux représentations, les habits de Faust qu’il venait justement d’interpréter à Sydney. Dès le premier acte, son timbre clair et bien projeté capte l’attention. Le ténor américain campe un Faust sémillant et juvénile à souhait. Sa ligne de chant d’une élégance irréprochable fait merveille dans la scène du jardin : « O nuit d’amour ! Ciel radieux ! » est  murmuré avec tant de délicatesse et de suavité que l’on comprend aisément que Marguerite ne puisse résister à un tel sex appeal vocal d’autant que Fabiano dispose également d’un physique plutôt agréable. S’il fallait pourtant émettre une petite réserve sur sa prestation, elle concernerait l’air « Salut demeure chaste et pure »  chanté avec tant de retenue que certaines phrases sont à la limite de l’audible. Le grand vaisseau de Bastille ne permet pas de nuancer à ce point. Gageons que cela sera corrigé dès la représentation de samedi. Durant la nuit de Walpurgis et dans la scène finale, le ténor exprime son désespoir avec des accents poignants propres à susciter l’émotion, palpable dans le public qui l’ovationne au rideau final. Ce soir, Michael Fabiano a confirmé l'impression favorable qu’il avait laissée dans Lucia di Lammermoor en septembre 2013. Voilà qui est de bon augure pour le Duc de Mantoue qu’il doit nous offrir en mai 2016.                  

 

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