Maria Stuarda pour de vrai !

Par Jean Michel Pennetier | jeu 31 Janvier 2013 | Imprimer
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Depuis leur création en décembre 2006, les retransmissions du Metropolitan Opera sont devenues un succès mondial : chaque saison, plus d’un million de spectateurs se rendent dans les salles de cinéma pour assister à l’un des douze opéras retransmis en direct et dans des conditions de confort optimales. Ces retransmissions peuvent aussi être trompeuses et on vient d’en avoir un illustration à l’occasion de la récente Maria Stuarda.
Sur les forums lyriques, les spectateurs de la retransmission sont enthousiastes : on s’étonne même du peu de réaction de la salle, de l’absence d’applaudissements à l’issue de la fameuse « Prière ». Mais sur place, les choses étaient bien différentes. Egarée dans un emploi de soprano, Joyce DiDonato n’a pas les moyens du rôle. Malgré les nombreuses transpositions vers le bas, le mezzo américain n’est aucunement à l’aise avec la tessiture, offrant un aigu tendu, ténu et vibrionné, une voix loin de l’ampleur attendue dans un rôle créé par Maria Malibran. Dramatiquement, là ou le légendaire soprano faisait pleurer les pierres, DiDonato est surtout occupée à essayer de chanter les notes. Elle se contente alors de variations timides, colore peu, économise son souffle, et essaie de maîtriser un vibrato épris de liberté dans le haut de la tessiture. Pourquoi n’est-elle pas applaudie après la « Prière » ? Tout simplement parce que l’on ne l’entend que peu ou pas du tout dans la salle. Tient-elle sa note filée ou reprend-elle son souffle au milieu ? Nous ne le savons pas. Soprano contrainte à chanter mezzo, Elza van den Heever éprouve les difficultés inverses : une grosse cylindrée qui réussit difficilement à se plier à la souplesse du belcanto. Chez les hommes, seules les basses font preuve d’une véritable adéquation à leur emploi. En effet, Matthew Polenzani est avant tout un ténor mozartien, dépourvu de squillo, au timbre ingrat, et évitant prudemment variations et notes aigues. Le Met ne programme que très rarement ce répertoire : ne pouvait-il le traiter moins mal ?
Le soir du même jour, le Met propose un Trouvère avec une distribution qui, sur le papier, ne fait pas rêver. Pourtant, dans la salle le frisson passe et la représentation se termine par un triomphe inattendu : parce que les voix de Marco Berti et d’Elena Matistina sont un torrent qui remplit sans peine l’immense auditorium ; parce que Patricia Racette, malgré une technique peu assurée, a décidé de tout donner sans tricherie, y compris ces aigus périlleux qu’évitent des noms plus connus ; parce qu’enfin le jeune Alexey Markov est confondant d’insolence vocale … Tout d’un coup, on redécouvre que l’opéra, ce n’est pas pour les micros et les caméras, mais avant tout pour des spectateurs de chair et d’os. [Jean-Michel Pennetier]


 

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