Les souffrances de la jeune Charlotte à Massy

Par Jean-Marcel Humbert | dim 26 Février 2017 | Imprimer

Trois semaines après la création d’un nouveau Werther à Metz, dont Laurent Bury a donné ici même un compte rendu détaillé, la même production est donnée à l’Opéra de Massy dans un décor de cadres déjà vu (par exemple La Traviata, Vérone 2011), séduisant mais créant nombre d’invraisemblances scéniques. Cette représentation ne fait malheureusement que confirmer la première impression.
Comme à Metz, la soirée est dominée par la prestation de Mireille Lebel, Charlotte naturelle et touchante. Elle séduit par un mélange d’élégance, de distanciation et de distinction qui n’est pas sans rappeler la manière de jouer et de chanter de Josephine Veasey, l’une des plus belles et touchantes Charlotte de sa génération (notamment à Paris, Opéra Comique, 1969). De sa voix chaude, puissante et prenante à la fois, un rien trémulante, rarement tubée, elle construit un personnage qui ne bascule jamais dans l’excès. L’acte III est peut-être pour elle, au niveau scénique, un peu problématique, et elle paraît là trop livrée à elle-même, mais le dernier acte remet tout en place. Au total une fort belle interprétation, malgré le fait qu’outre le respect implacable des conventions sociales et familiales, la malheureuse ait à souffrir, comme nous, de son Werther du moment.
Car comme à Metz, la soirée est plombée par un Werther problématique. Sébastien Guèze peine à la fois à construire le personnage et à le chanter, d’autant que son côté juvénile ne suffit pas à personnifier sur scène un « héros romantique ». Non plus qu’une voix plutôt métallique et qui plus est trop souvent en délicatesse avec la justesse. Stabilité incertaine, ligne de chant hachée et phrasé confus confirment un soutien insuffisant, alors que sons ouverts, coups de glotte et sanglots dénotent une fréquente absence de style que vient parachever une articulation insuffisante. Tout cela démontre une technique vocale grandement défaillante qui met en péril un organe mal sollicité. Reste quand même un beau songe d’Ossian « Pourquoi me réveiller » et la scène finale. Sébastien Guèze, quand il s’applique, n’est donc bon que dans l’élégiaque et les pianissimi, mais ni dans la douleur ni dans les sentiments exacerbés, c’est-à-dire les forte et les notes aiguës. Alors, question de répertoire ?

Werther, Opéra de Massy, vendredi 24 février 2017, 20 h

Vous pouvez juger par vous-même de la production en regardant sa captation vidéo à Metz visible sur Culturebox jusqu’à août 2017, ainsi que sur You Tube.
 

 

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