Le nouveau New-York City Opera : retour vers le passé

Par Jean Michel Pennetier | jeu 07 Janvier 2016 | Imprimer

On en parlait depuis plus d’un an déjà, le New-York City Opera va enfin reprendre ses activités après sa faillite en 2013.

Précédemment installée au New-York State Theater, à proximité immédiate du Metropolitan Opera, la compagnie aura connu son heure de gloire dans les années 70 à 80, avec une programmation plus originale que celle du Met (la création locale des Dialogues des carmélites ou de Giulio Cesare), et en donnant leur chance à des jeunes chanteurs qui deviendront célèbres par la suite. Citons Beverly Sills, Sherrill Milnes, Plácido Domingo, Carol Vaness, José Carreras, Shirley Verrett, Tatiana Troyanos, Jerry Hadley, Catherine Malfitano, Chris Merritt, Rockwell Blake, June Anderson ou encore Samuel Ramey.

Prospère au départ de Beverly Sills qui en assura l’administration après ses adieux à la scène, l’institution infléchit sa programmation avec de nombreux nouveaux ouvrages (par exemple, Mathis der Maler en 1995), des créations, et des mises en scène plus modernes. Mais les finances se dégradent. En 2008, le NYCO semble prendre un nouvel élan avec la nomination de Gerard Mortier. Mais le budget promis, 60 millions de dollars, est vite réduit à 36 en raison de la crise économique. Gerard Mortier démissionne. Parallèlement, le New York State Theater doit fermer pour d’importants travaux de rénovation. La compagnie se retrouve donc sans directeur, ni salle. George Steel est nommé en 2009 et sa programmation renoue avec les raretés et les productions originales (L'étoile, Partenope, Intermezzo, Erwartung …) mais ni le public ni les sponsors ne répondent à l’appel.  Il faut dire qu’entre temps, le Metropolitan Opera, sous l’impulsion de Peter Gelb, a lui-même grandement ouvert son répertoire et ne répugne plus à engager de jeunes artistes. Le NYCO n’a plus vraiment sa place dans ce nouveau paysage, surtout qu’il doit compter avec un financement essentiellement privé. La gestion devient carrément surréaliste à la rentrée 2013 quand, deux semaines avant l’ouverture de la saison avec Anna Nicole, Steel annonce que la compagnie a besoin de 7 millions de dollars dans les trois semaines, faute de quoi le reste de la saison sera annulé, voire même la totalité de la suivante ! Cette campagne désespérée de levée de fonds frise le ridicule : le NYCO promet aux premiers donateurs quatre carte postales (100$),  la possibilité d’être figurant pour l’opéra Endimione de Jean-Christian Bach (10.000 $)…  

C’est un échec : 300.000 $ seulement sont récoltés. La compagnie, qui traine un déficit de plusieurs millions de dollars depuis des années, dépose définitivement le bilan le 1er octobre 2013. Rapidement, l’idée de ressusciter le NYCO prend corps, donnant lieu à d’âpres batailles juridiques et syndicales. En décembre 2015, la New-York City Opera Renaissance, une organisation à but non lucratif conduite par l’investisseur Roy G. Niederhoffer, rachète les derniers actifs de la défunte compagnie aux tribunal pour 1,25 million de dollars, damant le pion à sa rivale New Vision for NYC Opera conduite par l’architecte Gene Kaufman et qui avait retiré au dernier moment une offre à 1,5 million.

Le projet du NYCO Renaissance est d’offrir un opéra populaire, moins cher que le Met, basé sur une troupe de jeunes chanteurs plutôt que des stars. Les mises en scène seront classiques, à tel point que le NYCO Renaissance annonce initialement pour son ouverture une reprise de la Tosca de … Franco Zeffirelli, précédent fleuron du Met ! Un choix totalement à fronts renversés avec ceux de Gelb qui a opté pour une modernisation qualifiée d’Eurotrash par une partie du public, plutôt conservateur en matières de production. Dans sa note d’intention, la nouvelle institution précise : « Une production du NYCO Renaissance d’Un Ballo in maschera de Verdi ne sera jamais transposée dans les ruines du World Trade Center, comme ce fut le cas à Berlin en 2008 » (la déclaration est illustrée de photos de ladite production : des hommes nus vêtus de masques de Mickey et une femme en robe rose avec moustache noire effectuant le salut nazi).

La programmation du NYCO Renaissance s’est finalement ouverte le 9 mars 2015 avec un concert hommage à Julius Rudel, collaborateur de l’ancien NYCO durant 35 ans, de 1944 à 1979, son directeur musical à partir de 1957, et décédé en 2014. A ce concert participait Placido Domingo, seul grand nom de la soirée (David Daniels et … Sting ayant renoncé pour raison de santé). Domingo fit en effet ses débuts new-yorkais le 17 Juin 1965 en Pinkerton, en remplacement d’un collègue souffrant, avant de revenir comme prévu initialement la saison suivante en Don José. Cette fois, Domingo n’était pas ténor, mais baryton pour le « Pietà, rispetto, amore » de Macbeth, et chef d’orchestre avec le prélude de Carmen et un air de zarzuela de Sorozábal chanté par un jeune collègue, Joshua Guerrero. Le concert se tenait à proximité du New-York State Theater, dans le récent Rose Theater sur Colombus Circle, un théâtre de 1.200 places principalement dédié au jazz.

Le nouveau NYCO offrira ses premières représentations dans quelques jours avec la Tosca promise, qui sera donnée six fois. Mais ce ne seront pas les décors de Zeffirelli qui seront utilisés : la production proposera les décors ... de la création mondiale romaine au Teatro Costanzi en 1900 et signés Adolf Hohenstein !

Billets en vente (de 20 à 160 $ hors gala de soutien) : http://www.jazz.org/events/t-5369/

 

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