Le corps idéal n'existe pas !

Par Jean-Claude Meymerit | mar 21 Juillet 2020 | Imprimer

Comme tous les ans, l’Opéra de Bordeaux offre une exposition estivale, plus particulièrement destinée à un public-touriste. Cette année, ce sont les créateurs Eric Charbeau et Philippe Casaban qui reprennent pour deux mois leur expo de 2015, Plus que parfaits, Métamorphoses des corps en scène. S’appuyant sur une phrase d’Yves Saint-Laurent Il n’est qu’une chose qui fasse le costume de scène, c’est la silhouette, ils investissent à nouveau le hall et les salons du Grand Théâtre de Bordeaux avec un dédale d’habits, de coiffes, de perruques, de prothèses, d’accessoires…Tous ces éléments sont issus d’opéras et de ballets représentés ces trente dernières années. Si dans la vie il n‘existe pas de corps humain idéal, sur scène il devient facile de l’obtenir, souligne Eric Charbeau. Cette exposition est composée de sept îlots thématiques liés aux métamorphoses du corps de l’artiste lorsque celui-ci prend une nouvelle forme pour épouser celui du rôle. De percutantes phrases sont apposées le long de tous les praticables comme des infos continues défilant au bas du petit écran. Dès les premiers pas dans le hall d’entrée, le public est un peu dérouté en tombant sur les modules contemporains et épurés de la forêt de bouleaux du second acte de la production de Tristan et Isolde de 2015. Il est dommage en effet de faire entrer le public par une porte dérobée sur le côté du hall alors que la scénographie était étudiée pour une entrée de face donnant ainsi un sens à ce mariage de colonnes de pierre du hall et d’arbres à écorces blanchâtres. Passé cette première impression assez fade, le visiteur est vite bluffé au niveau du grand escalier central par l’effet spectaculaire de miroirs posés au sol. L’impression est féérique et vertigineuse au vrai sens du terme. Le salon de l’étage, revêtu entièrement de tentures noires, souligne avec élégance la multitude de prothèses théâtrales de couleur blanche. Que de faux-nez, de postiches, de corsets, de cerceaux, de faux-culs…! Il ne faut surtout pas rater la tête tranchée de Jochanaan, rescapée de l’étonnante production de Salomé de 2013. Lorsqu’on passe dans les autres salons, de sublimes costumes mis en scène avec goût, semblent être en répétition. Les grands noms du répertoire se côtoient ou s’ignorent, Violetta papote avec Maddalena sous le regard d’Eboli et de quelques Carmélites, le roi Marke fait bande à part snobant Boris et Hérodias pendant que Philippe II, dans sa somptueuse cape, sermonne la reine Elisabeth. Il ne faut pas oublier toutes les autres parures couvertes de dentelles, bijoux, plumes, perles, dorure. Dans le grand foyer doré du Grand Théâtre, une kyrielle de coiffes, chapeaux, masques tente le visiteur à les toucher ou à s’en parer. Alors que la personne novice en opéra est sous le charme, l’amateur lyrique reste un peu frustré. Il cherche en vain sur les cartels une information un peu plus complète sur le contexte général du costume présenté – metteur en scène, scénographe, décorateur, interprète… Le but n’était-il pas de mettre en priorité et en lumière les trésors et le travail minutieux des Ateliers et Métiers de la scène de l’Opéra de Bordeaux ? Aussi, rien que pour cette seule raison, le pari est gagné ! Avant de quitter ces lieux, le détour par la salle de spectacles est incontournable. Posée sur la scène à même le sol une installation artistique retient le visiteur avec émerveillement et curiosité. Il s’agit de l’œuvre du plasticien, chorégraphe Steven Cohen, Elu Pointe de danse, objet trouvé réunissant soixante dix chaussons de danse fusionnant avec une myriade d’objets glanés et collectionnés par l’artiste.

Exposition installée au Grand Théâtre de Bordeaux jusqu'au 6 septembre 2020

Renseignements pratiques : opera-bordeaux.com

 

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