L’Atelier Lyrique à l’heure espagnole

Par Marcel Quillévéré | lun 28 Mars 2011 | Imprimer

Après la magnifique production de Street Scene de Kurt Weil à l’Amphithéâtre de l’Opéra Bastille1, ouvrage idéal pour mettre chaque membre de l’école en valeur (la langue anglaise fédère, en l’occurrence une troupe qui compte plusieurs non francophones), l’Atelier Lyrique a tenté, ce 25 mars à la Maison de la Musique de Nanterre, de relever un défi bien plus risqué qu’il n’y paraît.
Rien de plus délicat et difficile que L’Heure Espagnole de Ravel et ce répertoire lyrique français, né d’une longue tradition de théâtre musical populaire où le texte est intrinsèquement lié à la musique et doit être distillé avec la même subtilité que chaque partie d’orchestre dans la fosse. D’ailleurs, même les excellents musiciens de l’Orchestre Ostinato, peinent à trouver une juste cohésion dans ce puzzle orchestral ravélien sous la houlette de Jean-Luc Tingaud.
Pas sûr dès lors que le but, pédagogique et artistique, soit atteint car plus d’un artiste, peu familier du français, se heurte à la barrière de la langue. Il ne s’agit pas seulement de bien prononcer mais aussi de pouvoir traduire la subtilité d’un livret où le non dit, le calembour et le sous texte relèvent d’un délicieux fatras littéraire propre à notre opérette et d’une tradition souvent perdue aujourd’hui, même chez nombre d’artistes lyriques français. Ravel a tissé une broderie si raffinée autour des dialogues coquins de Franc Nohain que l’œuvre requiert des chanteurs qui soient avant tout d’excellents « diseurs » plutôt que d’éminents belcantistes (Rappelons l’art merveilleux de Denise Duval, Felicity Lott, Gabriel Bacquier, Michel Sénéchal, la liste est longue). Du coup, les artistes français sont ici avantagés : Alexandre Duhamel, truculent muletier, et Cyrille Dubois, poète ridicule à souhait (le 27). Un peu frustrant pour les autres dont on connaît par ailleurs le talent et la beauté de la voix (mention spéciale cependant pour le panache et l’excellent français de l’Argentin Manuel Núñez Camelino, qui chantait Gonzalve le soir du 25) . Par bonheur, le plaisir de tous ces jeunes en scène est communicatif .Auparavant, La Chypriote Zoe Nicolaidou a convaincu par un timbre de miel et une présence émouvante dans de superbes Mélodies Hébraïques. [MQ]
 
1 Cf. brève du 21 décembre 2010
 
 

 

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