En direct du Met: Le Calaf exemplaire de Yusif Eyvazov

Par Christian Peter | mar 15 Octobre 2019 | Imprimer

La saison des retransmissions en direct du Metropolitan Opera dans les cinémas s’est ouverte avec la reprise de la fameuse Turandot réalisée en 1987 par Franco Zeffirelli avec dans les principaux rôles Eva Marton et Placido Domingo, dont le DVD a préservé la trace. Le récent décès du cinéaste italien a transformé cette reprise en hommage posthume. Au cinéma, cet hommage s’est traduit durant le premier entracte par une rétrospective des productions que le metteur en scène avait conçues pour le Lincoln Center, à commencer par celle d’Antony and Cleopatra de Samuel Barber qui lui avait été commandée pour l’inauguration de cette nouvelle salle. Au second entracte, actualité oblige, c’est Jessye Norman qui a été célébrée à travers des extraits d’Ariane à Naxos et de La Walkyrie. La disparition de Marcello Giordani, grand habitué du Met, a également été évoquée.

La Turandot de Zeffirelli est conforme à la réputation du metteur en scène, exubérante et spectaculaire, mais après tout, la pièce de Carlo Gozzi est inspirée d'un conte merveilleux, située dans une Chine imaginaire et fantasmagorique, alors pourquoi pas ? Le décor du premier acte est oppressant à souhait, une place obscure peuplée d’une foule vêtue de couleurs sombres et entourée d’un empilement d’édifices étranges et inquiétants. Le premier tableau de l’acte suivant, d’une simplicité relative, est constitué de trois pagodes aux couleurs vives, demeures de Ping, Pang et Pong. En revanche, le second tableau qui représente le palais impérial, est digne des grandes productions hollywoodiennes des années 50 en technicolor, le décor monumental s’étend sur plusieurs niveaux surplombant une pièce d’eau et témoigne d'un luxe de détails ahurissants, des colonnes sculptées incrustées de pierreries, un trône doré pour l’empereur, des étendards, des bannières, des éventails en veux-tu en voilà, sans parler des innombrables figurants et des costumes on ne peut plus surchargés, celui de Turandot notamment qui prête tout de même à sourire. Tant de pompe a un côté suranné voire kitsch qui, somme toute, peut avoir son charme. Le décor nocturne du trois, plus dépouillé, ne manque pas d’allure.

Vocalement la distribution est dominée par le Calaf solide et sonore de Yusif Eyvazov. Aminci, le ténor se meut sur le plateau avec aisance. Son incarnation est d’une grande sobriété tant vocale que scénique. Il campe un héros introverti qui affronte son destin avec détermination. La tessiture du rôle qui culmine au contre-ut ne lui pose aucun problème. Son premier air est chanté avec un legato appréciable, sans effet superflu. Le second lui permet d’exhiber un si aigu facile et claironnant qui lui vaut une belle ovation de la part du public. Combien de ténors aujourd’hui sont capables de rendre pleinement justice à ce personnage ? Christine Goerke affronte crânement la partie meurtrière de la princesse cruelle. Au début de « In questa reggia » la voix, affectée d’un vibrato gênant sonnait mate puis, elle a retrouvé peu a peu quelques couleurs et gagné en projection pour emporter finalement l’adhésion dans son duo final. Eleonora Buratto est une Liù proche de l’idéal, son timbre clair et juvénile convient à ce personnage de jeune fille sensible et idéaliste. Si elle s’est montrée un rien appliquée durant son air d'entrée, elle a livré au troisième acte une mort absolument poignante. Enfin Alexey Lavrov, Tony Stevenson et Eduardo Valdes rendent pleinement justice aux facétieux Ping, Pang et Pong tandis que le vétéran James Morris campe un Timur attachant.

Au pupitre, Yannick Nézet-Séguin, propose une direction spectaculaire et brillante, à l'image de la production, avec des tempos retenus qui confèrent une certaine solennité à l’ensemble.

Le 26 octobre prochain le Metropolitan Opera retransmettra Manon dans les cinémas du réseau Pathé live avec dans le rôle-titre Lisette Oropesa.

 

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