A New York, une Flûte enchanteresse pour les oreilles et les yeux

Par Christian Peter | dim 15 Octobre 2017 | Imprimer

Pour sa deuxième retransmission de la saison dans les cinémas, le Met a choisi La Flûte enchantée dans une reprise de la production de Julie Taymor créée in loco en 2004. Pas de questionnement philosophique dans cette vision féérique de l'ouvrage qui lorgne vers le conte pour enfants avec des références explicites au Kabuki. Les personnages, vêtus de couleurs éclatantes, jaune vif pour Sarastro, vert pour Papageno, rouge pour la Reine de la nuit, évoluent dans des décors en plexiglas qui permettent de nombreux changements à vue. Les trois dames sont figurées par des masques que tiennent les chanteuses, vêtues de noir tout comme les manipulateurs qui mettent en mouvement le serpent, les oiseaux qui virevoltent autour de Papageno ou les animaux charmés par la flûte de Tamino. Celui-ci, selon le livret doit porter « un habit de chasse japonais » or son costume évoque plutôt le personnage de Calaf mais qu'importe, le spectateur est ébloui par les tenues extraordinaires des figurants et l'avalanche d'idées qui rythment le spectacle.

La distribution est superlative, les trois dames, à la fois espiègles et manipulatrices, sont irréprochables sur le plan vocal et les trois enfants, vêtus de blanc et affublés d'une longue barbe blanche, tirent leur épingle du jeu sans trop malmener la justesse. Christian van Horn confère aux interventions de l'orateur toute la solennité requise et Ashley Emerson incarne sans difficulté une Papagena attachante. Doté d'un timbre clair et d'un tempérament comique évident, Greg Fedderly campe un Monostatos à la fois inquiétant et grotesque. Markus Werba a fait sien depuis longtemps le rôle de Papageno qu'il a chanté avec succès sur de nombreuses scènes internationales, notamment au Théâtre des Champs-Élysées et à Salzbourg. Il interprète ici avec une jubilation évidente, un personnage hâbleur et couard, malicieux et touchant à la fois avec une voix homogène et sonore, et un style irréprochable. Ses répliques parlées sont d'une drôlerie irrésistible. Autre habitué de l'ouvrage, René Pape, qui l'a mis à son répertoire voici plus de vingt ans. Avec les années son Sarastro d'une bienveillante autorité, a acquis davantage de maturité et de profondeur. Déjà remarquée à Aix en 2014, Kathryn Lewek capte durablement l'attention dès son premier air, il faut dire que sa Reine de la nuit est éblouissante, le timbre est charnu et la voix semble puissante pour autant qu'on puisse en juger au cours d'une retransmission. Quant au contre-fa, plein et rond, il est émis et tenu avec aisance. A la fin de son second air le public lui réserve une longue ovation. Le timbre juvénile de Golda Schultz sied idéalement au rôle de Pamina dont la soprano sud-africaine livre une interprétation tout en nuances et en délicatesse, Un bémol cependant, son « Ach, ich fühl's » pourtant bien chanté ne parvient pas à émouvoir. Charles Castronovo trouve en Tamino un rôle qui convient idéalement à ses moyens. Sa voix semble avoir gagné en homogénéité et en volume.  Au premier acte, « Dies Bildnis ist bezaubernd schön » est phrasé impeccablement avec d'exquises demi-teintes.A la tête d'un orchestre du Metropolitan Opera en pleine forme, James Levine, bien que diminué par la maladie, propose une direction alerte et fluide qui n'exclut ni la profondeur ni la solennité quand la partition le demande.

La prochaine retransmission du Met dans les cinémas du réseau Pathé Live aura lieu le 18 novembre et sera consacrée au dernier Opus de Thomas Adès, L'Ange exterminateur qui a été créé au Festival de Salzbourg en août 2016.

 

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