XVLIIe Concours de chant de Toulouse

Par Maurice Salles | ven 26 Septembre 2008 | Imprimer
XVLII° CONCOURS DE CHANT DE TOULOUSE
FINALE
Premier grand prix hommes : Seung-Gi Jung, baryton, Corée du Sud
Premier grand prix femmes : Ani Sargsyan, mezo-soprano, Arménie
JURY 2008 Président : Pierre Médecin
Président de la Chambre professionnelle des Directeurs d’opéra
Eva Wagner-Pasquier,
Conseillère artistique du Festival international d’art lyrique d’Aix-en-Provence
Codirectrice du Festival de Bayreuth
Paolo Arca
Directeur artistique du Maggio Musicale Fiorentino
Ioan Holender
Directeur général du Wiener Staatsoper
Peter Mario Katona
Directeur des distributions au Royal Opera House de Covent Garden à Londres
Joan Matabosch
Directeur artistiqure du Gran Teatre del Liceu de Barcelone
Fortunato Ortombina
Directeur artistique du Teatro La Fenice de Venise
André Tubeuf
Ecrivain et journaliste
Pianistes accompagnateurs : Nino Pavlenishvili, Eloïse Urbain, Jean-Marc Bouget
Orchestre National du Capitole de Toulouse
Direction : Patrick Davin
Toulouse, ce 13 septembre 08
 
Cent quarante sept inscrits, trente deux nations représentées, le Concours de chant de Toulouse conserve, c’est évident, un fort pouvoir d’attraction. Mais en dépit d’un jury prestigieux composé de décideurs susceptibles de lancer sur de grandes scènes les lauréats, le niveau constaté lors de la finale, honorable mais non exceptionnel, amène à se demander si les organisateurs ne devraient pas revoir à la hausse les récompenses offertes aux vainqueurs. Depuis la création de cette compétition, d’autres ont vu le jour, plus richement dotées, et ceci explique peut-être cela.

Seung-Gi Jung, premier grand prix hommes
Non que les lauréats n’aient pas mérité leurs distinctions, peut-être dans un ordre différent. Premier grand prix chez les hommes le baryton coréen Seung-Gi Jung, à la voix plutôt claire, fait valoir une bonne projection et une expressivité qui transmettent nettement et fermement les émotions du Zueignung de R.Strauss et du « Nemico della patria » de l’Andrea Chénier de Giordano. Deuxième grand prix, le ténor italien Paolo Fanale aborde hardiment le « Cujus animam » du Stabat Mater de Rossini avant d’escalader le « Ah mes amis ! » de La Fille du régiment de Donizetti. Les moyens sont bien réels, les aigus lancés et tenus, mais la volonté d’impressionner a conduit à oublier que le ténor rossinien doit donner l’impression de ne jamais forcer. Le troisième prix revient à un autre ténor, Sud-Coréen lui aussi, Jimin Park, que le public plébiscite ; il est vrai que sa « Chanson triste » de Duparc et son « Tombe degl’avi miei » de Donizetti (dans Lucia di Lammermoor) sont d’une intensité expressive très haute, servie par une grande musicalité et un dosage de l’émission vocale très réussi. La voix charnue et les aigus émis en voix mixte ou en fausset en font un interprète très élégant.
Mentionnons encore chez les hommes un autre ténor Sud-Coréen, éliminé en demi-finale mais qui s’est vu attribuer la Bourse d’études au Cnipal ; on reparlera donc de Ji Hyun Kim.
Chez les dames, pas de surprise non plus : les élues se détachaient du lot. Premier grand prix, Ani Sargsyan impressionne dès « Die Mainacht » de Brahms, par une exécution ciselée qui n’est pas sans rappeler Schwarzkopf. On retrouve la même expressivité de ce joli mezzo clair dans l’air des Lettres du Werther de Massenet, chanté moins librement mais avec toujours la même justesse dans le dosage des moyens et des couleurs. Deuxième grand prix, un autre mezzo, la Française Sarah Breton chante d’abord un extrait de La Dame de Monte Carlo, de Francis Poulenc. Elle allie expressivité et intensité de façon satisfaisante dans un air plus proche de la revue de music-hall que de la partition d’opéra. Elle nous convainc davantage en Orlovski dans Die Fliedermaus, avec des aigus sûrs et un medium et un grave nourris. Au fond, n’est-elle pas un soprano Colbran ? Troisième prix, la soprano allemande Christina Dietzsch chante « Montparnasse » de Francis Poulenc avec un chic et des accents qui rappellent la Mireille Delunsch des bons jours ; de La Forza del destino elle donne un « Pace, pace » où les « mises de voix » sur Pace ne masquent pas quelques sons détimbrés, ni les erreurs de prononciation, et où l’expressivité est bridée par le souci de contrôle technique. Ce soprano lyrique ne se trompe-t-il pas en voulant être dramatique ?
A noter encore, alors que la grande majorité des concurrents a entre 28 et 35 ans, la présence en finale de quelques candidats très jeunes (moins de 20 ans) dont le niveau manifestement insuffisant amène à s’interroger sur ceux qui n’ont pas été retenus. Il restait, pour cette finale, des sièges vides, chose jamais vue jusqu’ici. Faut-il y voir un signe ?A l’heure où la télévision diffuse les finales d’autres compétitions très relevées, comme le Concours Reine Elisabeth de Belgique, le Concours du Capitole peut-il dormir sur ses lauriers ? Mentionnons enfin le concours efficace des pianistes accompagnateurs et le beau travail effectué par Patrick Davin, qui avec le concours d’un orchestre complice porte littéralement les candidats et réussit au delà des épreuves vocales de beaux moments musicaux.
Maurice Salles
 
 
 
 

 

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