Plein feux sur les Flâneries, 20 ans déjà !

Par Philippe Ponthir | dim 05 Juillet 2009 | Imprimer
20 années et les Flâneries ont récolté les fruits d’une véritable politique d’accès à la culture. 20 ans déjà pour une des manifestations les plus courues parmi les Festivals européens. Reims avec sa double direction classique et jazz, offre une programmation fidèle au « être élitaire pour tous » dans une volonté accomplie de haute qualité où découverte mais surtout plaisir et émotion sont les maîtres mots, tout en attirant des publics diversifiés. Quelques heures suffisent pour réaliser combien cette volonté est aboutie. Reims, c’est un accueil, des habitants fiers de leur ville belle et pétillante comme ce champagne dont on ne se privera pas. N’hésitez pas à quitter Erlon trop fréquentée pour … Flâner et découvrir quelque terrasse moins prisée, un parc ou un monument moins connu. Sous le moindre soleil, Reims est une merveille. Entre tourisme et gastronomie, les journées filent, les manifestations parallèles à la programmation étant légions. Equilibre des affiches avec des valeurs reconnues, mais aussi, de belles découvertes d’artistes de demain. L’Instrument et la Voix dans tous leurs états : du classique au jazz en passant par les Musiques du Monde. 60 concerts démocratiques (5 à 15 euros, la moitié des concerts sont gratuits !). Enoncer nos coups de cœurs serait bien long, jetez un coup d’œil à la programmation ! Subjectivement, pour nos lecteurs de prime abord plus intéressés par la Voix, on retiendra Wilhemenia Fernandez, Thomas Dolié, Paul Agnew, Les Arts Florissants, La Grande Ecurie du Roy ou des baguettes comme Malgoire pour la Création ou encore Montserrat Caballé, la marraine du Festival.
 
Montsie et ses petites interrogations.
Cela ne sera point injure, Caballé a 76 ans. A sa première intervention, une question : qu’est ce qui peut bien motiver Montserrat, dans des conditions inconfortables (le Cirque de Reims, ses 70 degrés à l’ombre et authentique Koh-Lanta du troisième âge avec ses gradins à la dénivellation vertigineuse), au risque d’abîmer les souvenirs de sa gloire ? Elle emportera ces motifs avec elle. Ni l’argent, ni le défi, ni l’hypothétique carrière de sa fille ne peuvent l’expliquer. Montsie a toujours aimé les records, peut-être, mais parle-t-on encore de carrière avec cet agenda clairsemé, honorifique, de concerts confidentiels flanquée d’illustres inconnus ?
Et si simplement, au-delà de la fatigue, des difficultés à se mouvoir, elle y prenait encore du plaisir ? Chacun à la sortie se forgera sa conviction. S’il ne veut pas s’exposer à une cruelle désillusion, le spectateur doit se rendre à ce concert en âme et conscience de ce qui reste des moyens d’une des plus illustres cantatrices de ce siècle. On peut désormais aller écouter Madame Caballé pour le plaisir de voir une légende ou pour la remercier. Il est inutile de revenir sur son meilleur (l’incomparable cantatrice idéale dans un certain Bel Canto, certains Puccini et Verdi) et à son plus contestable (elle abusa maintes fois de son statut tant humainement que musicalement, ouvrant la voie aux compromissions devenues monnaie courante chez des cadettes ne possédant pas le quart de ses moyens). Néanmoins, Caballé sur son nom, remplit encore une salle. Il faudra être conscient qu’on entendra, dans une projection désormais limitée, une tessiture centralisée (le sol aigu en limite) et on sera encore émerveillé de la jeunesse de ce timbre, qu’aucun vibrato élargi n’est venu faner, même si Caballé intelligente en diable, évite soigneusement tout forte.
L’heure où Caballé affichait sa fille afin de promouvoir la carrière de Montse, est passée. Toutes deux en ont pris leur parti. Désormais, madame Marti assure le «spectacle » dans les pièces plus porteuses (notoriété du répertoire ou aigus sensés galvaniser). Qu’est ce qui peut expliquer que la carrière de Montserrat Marti n’ait jamais décollé ? Pléthore de chanteuses moins belles en scène, avec moins de moyens et de technique ont réussi. Au-delà d’une beauté certaine mais froide, Marti manque surtout cruellement de charisme. Chant propre, non exempt de scolarité, elle récite sa leçon ayant surtout à cœur de permettre à sa mère de souffler entre deux partitions. Les meilleurs moments résident dans les duos à la thématique facile (Lakmé, Saint Saëns), où la connivence partagée le sera également avec le public. Autrement, l’esprit s’évade souvent dans les pièces solistes, l’enfer caniculaire du Cirque n’aidant guère à la concentration. Montsie ira également de son numéro presque pas improvisé pour faire rire le public et le mettre en poche.
Concert inclassable à la nuance surréaliste mais aussi, de plaisir réel. Caballé a-t-elle gâché nos souvenirs ce soir ? Non, mais nous connaissions la carrière de Montsie sur le bout des doigts. En était-il de même pour tous ici présents ? 
Montserrat Caballé, Montserrat Marti & Manuel Burgueras (piano). Programme varié Donizetti, Pacini, Bizet, Charpentier,  Puccini, Turina, Gimenez. Le Cirque de Reims, 25 juin 2009
Philippe PONTHIR
Le site des Flâneries jusqu’au 22 juillet 2009 : http://www.flaneriesreims.com/
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