Flannan Obé : « Je rêvais d’être baryton ! »

Par Jean-Marcel Humbert | jeu 12 Décembre 2019 | Imprimer

Flannan Obé, à l’occasion de sa prise de rôle du personnage de Roger dans Yes ! de Maurice Yvain, a accordé à Forum Opéra un interview  où il a évoqué à bâtons rompus ses rapports avec le lyrique et l’art du comédien.


 

Chacune de vos prises de rôle dans des opéras-comiques, des opérettes ou des comédies musicales a été tout particulièrement remarquée par la critique. Quelle part faites-vous dans votre carrière à la comédie et à l’art lyrique ?
Comédien avant toute chose, c’est mon premier apprentissage et c’est en tant que tel que j’aborde les choses. Mais le chant et la danse ont toujours eu une grande importance dans ma vie, et tout cela a pris du sens quand j’ai fait des spectacles musicaux, quels qu’en soient la catégorie (opéra, opéra comique, opéra bouffe, opérette, comédie musicale, music hall, cabaret, chanson…). « Comédien qui chante ou chanteur-comédien », c’est vrai que la marge est étroite, surtout dans les opérettes du XIXe siècle, ou dans la chanson. J’ai toujours adoré jouer la comédie, et déjà à l’école il m’est arrivé d’être puni pour avoir fait rire mes camarades. J’ai étudié la comédie au cours Florent, et je continue à jouer aussi bien au théâtre, au cinéma qu’à la télévision. Mais j’ai également toujours aimé chanter ; j’ai étudié le chant dans plusieurs conservatoires, où l’on me faisait travailler dans la tessiture de baryton Martin (je rêvais d’être baryton !), avant de travailler depuis quatre ans avec Raphaël Sikorski (Laboratoire de la voix) qui m’a enfin clairement catalogué dans la tessiture de ténor. Donc ténor léger ou ténor de caractère, et non plus vraiment baryton Martin, je me considère aujourd’hui entièrement comme chanteur… ce qui ne m’empêche pas, depuis Arsène Lupin banquier de Marcel Lattès avec la compagnie Les Brigands, de souvent alterner (ou mêler) le lyrique (ou la chanson) avec la comédie.

Comment choisissez-vous vos rôles ?
J’ai eu la chance de voir la majorité des rôles m’être proposés, en correspondance à la fois avec mes envies et mon « emploi ». C’est la compagnie Les Brigands, avec son directeur artistique Loïc Boissier, qui m’a mis le pied à l’étrier. Mais le problème en France, c’est bien connu, est que l’on est rapidement catalogué dans un emploi selon sa voix et son physique, et qu’après il est très difficile d’en sortir. Les anglo-saxons sont beaucoup plus libres vis-à-vis de cette question. Donc j’ai longtemps joué les jeunes premiers, je pourrais encore le faire, mais je pense qu’il est préférable d’évoluer en douceur, afin d’éviter une rupture d’âge et de personnage trop brutale. Et puis j’aime bien les rôles un peu hors norme comme Hermosa (L’Île de Tulipatan), John Styx (Orphée aux Enfers) ou Eliott Fall (La Nuit d’Eliott Fall).

Quel est votre rapport à la mise en scène et aux metteurs en scène ?
Je commence toujours par m’imprégner d’un nouveau rôle, de me l’approprier et d’en étudier toutes les facettes. Je souhaite toujours construire le personnage en repartant du ressort comique d’origine, quitte à le pimenter d’un clin d’œil d’aujourd’hui, et en ajoutant de l’humanité aux éléments archétypaux. J’arrive donc aux répétitions avec déjà mes idées, mais en même temps, j’aime bien être cadré. Car, pour un comédien, c’est toujours important d’avoir quelqu’un qui vous dirige dans le détail, et c’est intéressant aussi d’être parfois dans une contrainte.
Et bien sûr j’aime également beaucoup de mettre en scène des comédiens, comme je le fais avec Les Swinging poules (avec Florence Andrieu), où chaque chanson devient un petit tableau qui raconte une histoire dans le genre cabaret et music hall, ou encore Jazz Club et Talons Aiguilles, et prochainement Le demi-siècle de Martineke Kooistra où celle-ci interprétera des chansons hollandaises de cabaret.

Être seul en scène vous intéresse particulièrement ?
Oui, c’est une autre facette où l’on ressent une grande solitude, c’est terrorisant mais très beau, car le seul répondant c’est alors le public, qu’il faut amener à participer. Donc c’est assez angoissant, mais en même temps très motivant. Dans Tout fout l’camp !, mis en scène par Jean-Marc Hoelbecq, ou dans Je suis le petit jeune homme que vous cherchez, et à la suite Je ne suis pas une libellule, j’interprétais non seulement des chansons françaises et des textes poétiques, mais aussi quelques mélodies. D’ailleurs, j’adorerais monter un récital de mélodies françaises, je rêve de Hahn, Poulenc ou Duparc.

De plus, vous écrivez des spectacles, où voisinent toujours tendresse, émotion et humour. Car l’humour n’est jamais loin, on pense aux quatre clips publicitaires récents pour les opéras bouffes de Bru Zane au théâtre Marigny, avec Lara Neumann (Offenbach et Hervé / Le Retour d’Ulysse d’Hervé / Planquette et Henrion / Barbier et Lecocq).
Oui, il s’agit soit de théâtre (L’Envers du décor ou Le Crime de l’orpheline, avec Florence Andrieu), soit de spectacles « seul en scène » ou en duo ou trio, qui font largement appel à la chanson, mais dans des tonalités très variées et le plus souvent fort drôles, car provoquer le rire, c’est magnifique. Mais il faut aussi rester au service du texte, le rendre parfaitement intelligible, et faire en sorte que le jeu scénique qui l’accompagne le serve, et non le desserve.

Et demain ?
Il n’est pas possible de tout dévoiler, mais je m’intéresse aussi à la formation des jeunes, qui demeure un souci en France, car trop sectorisée. Tout apprenti comédien devrait apprendre le chant, et tout apprenti chanteur devrait apprendre la comédie. Il est vrai que l’on apprend également beaucoup « sur le tas », auprès de ses metteurs en scène et partenaires, comme je l’ai vécu, par exemple en côtoyant des chanteurs plus « opéra » comme Mathias Vidal avec qui j’ai chanté à plusieurs reprises. C’est pour participer à une transmission vers les jeunes que j’ai accepté de faire une master class dans le cadre de la classe de comédie musicale du conservatoire de Saint-Maur-des-Fossés
Côté spectacle, il y a la tournée de Yes !, l'opéra de poche tout public d’Olivier Py L’Amour vainqueur, que je continue à jouer, et la préparation du Soixante-Six (Offenbach) pour Avignon l’été prochain. Des reprises de L’Amour vainqueur et d’Opéra porno sont également prévues. Le reste est encore top secret !

Propos recueillis le 3 décembre 2019

 

 

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