Didier Raoult : « Oui, la science peut aider le monde de l'opéra »

Par Clément Taillia | mer 01 Avril 2020 | Imprimer

« De la musique avant tout chose ! ». Le professeur Didier Raoult aurait pu faire sienne la fameuse phrase de Verlaine : aujourd’hui sur le devant de la scène pour ses recherches visant à prouver l’efficacité de l’hydroxychloroquine contre le coronavirus, le célèbre infectiologue français a confesse en effet un amour profond pour la musique, antérieur même à son intérêt pour la médecine ! Ménageant quelques minutes dans un agenda surchargé, il a accepté de nous parler de sa passion pour l’opéra, et de quelques traitements qui pourraient changer la vie des chanteurs comme des mélomanes…


Professeur, l’opéra et la médecine semblent de prime abord deux sujets bien éloignés. Parlez-nous de votre passion pour l’art lyrique.

Détrompez-vous, la médecine et la musique peuvent être liées de bien des façons. J’ai toujours écouté beaucoup de musique, surtout de l’opéra, et j’ai souvent voyagé pour entendre mes œuvres favorites. Un jour, je me trouvais dans une ville d’Allemagne, et je me préparais à assister à une représentation de Tristan et Isolde. A quelques minutes du lever de rideau, patatras ! J’apprends qu’une partie de la distribution, contaminée par un méchant virus, risque de ne pas pouvoir tenir pendant les cinq heures de spectacle. Ni une ni deux, je me rends en coulisses pour proposer mes services et, subrepticement, je verse quelques gouttes d’un remède préparé par mes soins dans la fiole utilisée par Brangäne pour offrir le philtre d’amour aux deux héros. Autant vous dire que ça n’a pas été un philtre d’amour, mais une cure de jouvence ! Tout le monde était en pleine forme, si bien qu’on a pu sauter les entractes, enchaîner les trois actes sans pause et terminer la représentation avec une heure d’avance pour finir la nuit en boîte tous ensemble. Je n’aurais jamais pensé que des wagnériens puissent bouger avec tant d’énergie sur une piste de danse.

Une autre fois, j’ai ainsi sauvé de la ruine une représentation de L’Elixir d’Amour, en dissimulant le remède dans quelques-unes des nombreuses fioles de Dulcamara. Là encore, le traitement a fonctionné, un peu trop même : Vittorio Grigolo, qui chantait Nemorino, s’est retrouvé dans une forme telle qu’il a entrepris d’embrasser toutes les femmes du chœur.

Bref, avant même la terrible épidémie qui nous occupe tous aujourd’hui, mon petit remède avait déjà bien des atouts !

Vous voulez dire que le traitement que vous avez administré aux chanteurs ce soir-là, c’était…

…un traitement à base de chloroquine, oui ! Et je puis vous assurer que, pour retaper en deux temps trois mouvements un chanteur défaillant, c’est mieux que la cortisone. Nous avons notamment réussi à réduire considérablement les annulations d’un certain nombre de chanteurs grâce à ce remède, les effets sont sidérants ! Les études récemment effectuées sur un échantillon représentatif composé d’Anja Harteros montrent des premiers résultats concluants. Certains de mes confrères restent néanmoins sceptiques, c’est pourquoi nous avons décidé d'élargir l'étude et de constituer un groupe test, formé de Sonya Yoncheva, à qui l’on administrera un verre d’eau tiède avec un peu de sucre en guise de placebo.

Pour les chanteurs, la chloroquine semble effectivement intéressante, mais quid des spectateurs ?

Vous faîtes bien de poser la question car, là aussi, la science avance ! Les spectateurs d’opéra pourraient, eux aussi, se voir administrer de la chloroquine, de manière discrète et élégante, en mélangeant des doses très légères aux coupes de champagne vendues à l’entracte, par exemple. Et cette consommation généralisée permettrait de réduire considérablement les nombreuses quintes de toux qui perturbent, comme vous le savez, tant de représentations... Bref, on peut le dire, sans mauvais jeu de mot, la chloroquine guérit de toux !

 

Propos recueillis par Maximilien Hondermarck et Clément Taillia

 

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