Cinq questions à Patrizia Ciofi

Par Raphaëlle Duroselle | mar 16 Août 2011 | Imprimer
Elle semble fragile, délicate et on la croirait presque femme-enfant… Pourtant derrière ses mots et son regard profond, Patrizia Ciofi nous révèle une âme qui pourrait bien avoir déjà vécue plusieurs vies. Artiste sensible, musicienne hors pair, notre soprano italienne a une fois de plus révélé son talent en interprétant Gilda aux Chorégies d’Orange. Rencontre avec une femme qui n’a pas su cacher sa simplicité.
   
 
Quelle est votre identité vocale aujourd’hui ?
 
Je sens que ma voix se tourne chaque jour un peu plus vers le lyrique même si j’ai toujours beaucoup de plaisir à maintenir la virtuosité du colorature. Cela est évidemment plus difficile pour moi à contrôler d’autant que ma voix a gagné de l’ampleur. Lorsque je chante je sens bien que quelque chose a changé. Je sens plus de projection dans ma voix. J’ai toujours eu un côté lyrique je crois. Je n’ai jamais eu la facilité du suraiguë de la voix légère, cela m’a toujours demandé beaucoup de travail.
Aujourd’hui Je suis vocalement en bonne santé. Je n’ai pas de problème de planning et j’ai encore la possibilité durant quelques années de bien faire ce métier. J’ai envie de continuer encore un moment dans le répertoire que je connais celui du Bel Canto. Reprendre des rôles que j’ai déjà interprétés, les revisiter, me correspond pour le moment. J’ai quelques prises de rôle mais très peu. Roméo et Juliette à Marseille l’an prochain et Louisa Miller en 2014. Je pense que ce sont des rôles que je peux aborder en toute tranquillité. La prise de rôle est un moment délicat et très fort. Avant, cela était plus facile pour moi vocalement et intellectuellement. Aujourd’hui je l’avoue, cela est plus difficile. Ma voix et ma tête ont besoin de temps pour entrer dans un rôle.
 
Vous venez d’interpréter Gilda aux Chorégies d’Orange, un rôle que vous aimez ?
 
Cela fait 20 ans que j’interprète Gilda. J’ai toujours aimé ce rôle et je l’ai toujours trouvé parfait pour ma voix. Sauf que depuis quelques années celle-ci a évolué. Résultat, la première partie du rôle est plus compliquée pour moi puisqu’il est aigu. Je dois faire attention. Je suis dans le contrôle. La tessiture est très aiguë et elle doit être chanté avec de la douceur, de la souplesse. Ma voix étant aujourd’hui plus épaisse cela est évidemment plus fatigant. Mais j’aime ce rôle. Il est magnifique d’un point de vue psychologique et vocal. Il évolue tout le long de l’Opéra. Gilda est une jeune fille presque naïve, elle devient ensuite une femme amoureuse mais bafouée qui décide pourtant de mourir à la place de l’homme qu’elle aime. Gilda est profondément humaine. D’ailleurs elle s’en va sans souffrance, sans rancœur.
 
Chanter aux Chorégies, une dimension particulière ?
 
Le plateau des Chorégies est effectivement toujours impressionnant. Dans ce lieu, je ressens comme une sorte de tension mais très positive et stimulante. Comme un fort enthousiasme entraînant. J’ai l’impression d’avoir une responsabilité. L’envie de donner mais aussi de recevoir est extrêmement forte. Je ne sais pas, il y a comme une énergie particulière dans ce lieu qui raconte l’histoire de l’humanité. Comme si les pierres étaient vivantes et nous renvoyaient cette énergie et cet amour que l’on donne lorsque nous sommes sur scène. C’est vraiment magique.
 
Vous avez dit un jour, je suis une âme en recherche…
 
Il existe différentes manière de faire ce métier. En réalité je n’ai jamais eu la sensation d’être une cantatrice. Je suis une interprète. À travers le théâtre, je recherche quelque chose qui m’appartient. Comprendre la vie, la mort, me comprendre tout simplement. Dans chaque personnage, je me découvre un peu plus. Pour moi il est très difficile d’être seulement cantatrice, de faire des concerts ou des récitals. J’ai besoin du plateau, d’une histoire qui me raconte quelque chose. Le fait de jouer un personnage me donne une justification pour le chant. Cela donne du sens à la voix. Mon métier me sert finalement à trouver une explication à la vie, à ma vie. Le plateau est une thérapie magnifique.
 
Etes-vous quelqu’un d’exigeant ?
 
Oui je crois… En fait, je suis mon pire critique et je ne me laisse souvent aucune chance. Je suis très exigeante, trop parfois. Paradoxalement je ne pense pas avoir envie de la perfection. Comme je vous le disais ma quête consiste à être le plus possible moi-même. Je ne suis pas parfaite, au contraire je suis pleine d’imperfections et elles ont leurs places aussi. Je dois seulement apprendre à les assumer et surtout à les mettre en valeur. Parfois il y a des choses que nous ne pouvons pas changer simplement parce qu’elles font parties de nous. La couleur de la voix, son corps, son caractère… Il faut juste les admettre et s’en servir au mieux. La vraie recherche est d’accepter que finalement il n’existe pas de règles ni de modèles à suivre. Voilà ce qu’il faut montrer sur scène. Il faut être exigeant, mais il ne faut pas trop se juger. La différence est au contraire un atout.
 
 
Propos recueillis par Raphaëlle Duroselle
Patrizia Ciofi © DR

 

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