Cinq questions à Marlene Mild

Par Claude Jottrand | lun 11 Juin 2012 | Imprimer
Soprano colorature d'origine allemande, Marlène Mild se présentait le 31 mai dernier dans Neither de Morton Feldman à l’opéra du Rhin à Düsseldorf où nous l’avons rencontrée.
 
 
Le public francophone ne vous connaît pas encore bien ; quel a été votre parcours jusqu’ici ?
J’ai commencé mes études tout près d’ici, à Cologne, d’abord avec Reinhard Leisenheimer, puis je suis allé poursuivre mon cursus à Osnabrück où je suis restée quatre ans. J’y ai fait l’expérience de la troupe, comme beaucoup de jeunes chanteurs ici en Allemagne ; c’est très formateur parce qu’on apprend un grand nombre de rôles, on participe à des productions très différentes en relativement peu de temps. J’ai d’ailleurs poursuivi ce type de formation encore quelques années de plus ensuite à Nuremberg, au Stadstheater. J’ai bien entendu aussi suivi des masterclasses à droite et à gauche, notamment avec Barbara Schlick et Kurt Moll.
 
Quels sont les emplois, le type de rôles qui vous conviennent ?
Comme je suis soprano colorature, on m’a évidemment assez vite demandé de chanter le rôle de la Reine de la Nuit, mais je me suis aussi vite attachée à ne pas chanter que cela ! J’ai toujours eu beaucoup de goût pour la musique contemporaine. Dès 2003, aux Etats-Unis, j’ai donné en concert des œuvres de Hans Eisler. A Nuremberg j’ai aussi chanté le rôle titre dans Melusine d’Aribert Reimann, expérience que j’ai trouvée très enrichissante.
Dans Neither, vous vous retrouvez dans la fosse, alors que la scène est occupée par les danseurs…
Oui, toute cette production a été une véritable aventure. J’ai travaillé ce rôle comme aucun autre dans ma carrière. Tout d’abord, la partie de la soprano est extrêmement difficile à apprendre, très exigeante pour la voix, qui se cantonne dans les registres les plus tendus. Lorsque j’ai su que je chanterais auprès de l’orchestre, j’étais plutôt rassurée ; le faire sur scène aurait exigé encore plus de travail, notamment pour apprendre la partition par cœur ! Mais maintenant que je connais le rôle, je suis prête à le faire ! Je regrette de n’être pas en contact avec les danseurs et de ne pas voir ce qui se passe sur le plateau. J’ai assisté à quelques répétitions des danseurs pour mieux comprendre les intentions du chorégraphe, et j’ai trouvé cela splendide.
Et quels sont vos rapports avec le texte de Samuel Beckett ?
Tout d’abord, comme la plupart de ce qu’il a écrit, ce texte est fort obscur et ne se livre pas volontiers. Ensuite, il est particulièrement difficile à connecter avec la musique de Feldman : les syllabes sont bien souvent détachées les unes des autres, ce qui ne facilite pas la compréhension, et la structure musicale, faite de clusters répétés un nombre défini de fois, alors que le déroulement du texte est plus linéaire, rend les choses encore plus complexes. Il faut compter tous les temps, rien ne coule de source. Cependant, au sein de ce système complexe, certains mots sont mis en relief, en particulier le mot Neither qui donne son titre à l’œuvre.
Que retirez-vous de ce travail particulièrement ardu ?
L’écriture de Feldman n’est sûrement pas flatteuse pour le voix, qui est traitée instrumentalement. Il m’a donc fallu adapter ma technique, renoncer au côté lyrique de la voix pour se concentrer sur la production du son, quasiment sans vibrato – c’était la seule façon d’assumer une telle tessiture sans fatigue excessive. Mais ce travail en lui même ne manque pas d’intérêt, il m’a appris des choses neuves sur ma propre voix, en touchant aux limites du possible, et je suis très satisfaite de l’avoir fait ; je me sens plus forte pour aborder de nouveaux défis !
 
Propos recueillis par Claude Jottrand

Marlene Mild © DR

 

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