Cinq questions à Carol García

Par Jean-Philippe Thiellay | jeu 24 Mai 2012 | Imprimer
Pensionnaire de l’Atelier lyrique de l’Opéra de Paris pendant quelques années, la mezzo-soprano espagnole Carol García fait son chemin dans le monde belcantiste. Après Rosine, à Massy l'an passé et à Bordeaux la saison prochaine, Strasbourg l'applaudit jusqu'au 26 mai dans le rôle de Selinda de Farnace. Rencontre en cinq questions. 
 
 
Comment avez-vous découvert l’opéra ?
 
En Catalogne, j’ai chanté dans un chœur amateur pendant deux ans et j’ai étudié le piano pendant une dizaine d’années. A ce moment là, je n’aimais pas tellement l’opéra même si je baignais dans la musique. Mais à l’Université, où j’étudiais la musicologie, mon professeur de phoniatrie m’a entendue chanter par hasard – je chantais tout le temps pour moi, mais plutôt de la variété ou de la Zarzuela - et m’a proposé de prendre des leçons de chant. J’avais à peu près 21 ans et je n’avais jamais vu un opéra en entier – ma « première fois », c’était Cenerentola, avec Joyce DiDonato et Juan Diego Florez au Liceo en 2007. J’ai donc commencé à prendre des leçons à Barcelone avec Francesca Roig. Je n’ai jamais changé de professeur car j’aime beaucoup sa façon de travailler. Elle respecte la nature de la voix et c’est pour cela que je lui ai fait confiance. A vrai dire, la nature exacte de ma propre voix n’était pas parfaitement claire à l’époque. J’avais des aigus et de l’aisance dans les coloratures, mais aussi de beaux graves. J’ai d’abord travaillé comme soprano mais je sentais que quelque chose n’allait pas. Un jour j’ai essayé de chanter Rosina et je me suis sentie complètement à l’aise. J’avais enfin trouvé mon répertoire.
 
Comment les choses se sont-elles enclenchées ensuite ?
 
Je travaillais comme professeur des écoles et à un moment, j’ai dû choisir. Ce n’était tout simplement plus compatible avec la pratique intensive du chant. J’étais tout le temps malade ou fatiguée. La chance d’intégrer l’Opera Studio du Teatro Real de Madrid s’est présentée. J’ai préparé l’audition et j’ai été prise pour chanter Rosina. J’ai décidé de m’engager à fond. Après Le Barbier, j’ai chanté Angelina dans Cenerentola au Teatro del Liceo, pour les enfants, dans la même production que celle que j’avais vue. C’était très formateur de chanter dans ce grand théâtre, avec une mise en scène originale. J’ai ensuite été finaliste du concours Ricardo Viñes en 2009 et j’ai passé d’autres compétitions, y compris ici à Paris. J’ai surtout passé une audition pour l’Atelier lyrique de l’Opéra de Paris et une semaine après Christian Schirm m’a appelée pour m’annoncer que j’étais prise.
 
Quel bilan tirez-vous de votre expérience à l’Atelier lyrique ?
 
Un bilan très positif ! Cela m’a permis de découvrir autre chose que l’Espagne, d’améliorer ma technique, de travailler avec d’autres professeurs, dans d’autres langues. J’ai aussi pu assumer quelques rôles sur scène, même si ce sont des rôles modestes, comme Javotte dans Manon ou Adonella dans Francesca da Rimini. Il y a des bons chefs, avec lesquels on fait un vrai travail. Par exemple, avec Daniel Oren, il faut être prête à cent pour cent ! On chante aussi à côté de grands chanteurs et les directeurs de théâtre vous voient à l’œuvre. C’est très important et, à bien des égards, l’Atelier lyrique est beaucoup plus confortable que les troupes. Dans une troupe, le nombre, la difficulté et parfois l’inadéquation des rôles à votre voix peuvent conduire à la mettre en danger. A l’Atelier, les enseignants sont excellents et on acquiert une expérience qui permet ensuite de se confronter à des rôles plus lourds. Enfin, chanter à Garnier est magique !
 
Est-ce que Rossini occupe une place particulière pour vous, surtout avec un nom comme le vôtre ?
 
Je ne crois pas avoir de lien familial avec le grand ténor Manuel Garcìa mais c’est vrai que j’adore Rossini et sa musique. La technique exigée ne me pose pas vraiment de problème et surtout, la joie de chanter et le plaisir pur sont constants. Rosina – j’étais la doublure de Karine Deshayes pour la série à Bastille - et Cenerentola sont des rôles qui me sont chers et j’aimerais aussi beaucoup chanter Isolier du Comte Ory. Pour la suite, on verra. Elena de La Donna del lago m’intéresse mais cela dépendra de l’évolution future de ma voix. Isabella et Arsace sont sans doute trop graves pour moi aujourd’hui. J’envisage aussi d’aller travailler à l’Académie de Pesaro. Melibea, du Viaggio a Reims m’attire beaucoup.
A part Rossini, j’adore Vivaldi, Haendel, Haydn, à cause de la flexibilité qui est exigée par cette musique, à cause des coloratures. Je m’amuse beaucoup à chanter ce répertoire. A Strasbourg, pour Farnace, la distribution est excellente et je crois qu’on va bien s’amuser.
J’ai aussi découvert plus récemment le répertoire français et j’aime chanter dans votre langue. C’est difficile mais je commence à y prendre beaucoup de plaisir. Concepcion dans L’Heure espagnole avec l’Atelier a été mon premier rôle en français et, même si ce n’était pas facile – la musique de Ravel est sublime mais difficile ! - j’ai découvert un autre univers. Concepcion est un rôle formidable que j’aimerais chanter partout ! Siebel dans Faust, Stefano de Romeo et Juliette, peut-être aussi Cendrillon de Massenet sont des rôles qui m’attirent et que je connais.
 
Comment envisagez-vous la suite de votre jeune carrière ?
 
Il faut travailler encore et toujours. La concurrence est rude, avec beaucoup de chanteurs excellents, partout, très bien préparés. Ce n’est pas de la peur, mais une stimulation pour progresser.
 
 
Propos recueillis par Jean-Philippe Thiellay, le 16 janvier 2012
Carol Garcia © DR

 

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