Cinq questions à Antonino Fogliani

Par Maurice Salles | lun 10 Janvier 2011 | Imprimer
Prise de contact avec Antonino Fogliani, le chef italien qui monte, lors de son séjour à Montpellier où il dirigeait Semiramide1.
  
 
Quand et comment est né votre désir d’être chef d’orchestre ?
A dix ans, j’ai commencé à étudier le piano et le violon. Ce n’est guère précoce mais dès lors, je n’ai jamais eu d’autre désir que d’être musicien. A 14 ans je voulais être compositeur, puis la direction d’orchestre m’a tellement fasciné que la composition est passée au second plan. Je dois tout à la Cenerentola d’Abbado et Ponelle. Cet opéra filmé m’a subjugué. Je suis tombé amoureux de Frederica von Stade mais plus encore de ce Rossini apollinien que dirigeait Abbado, qui est toujours à mes yeux un mythe. Je pense toutefois que mes solides études de composition ont favorisé mon approche analytique et philologique des partitions que je dirige. Le côté démonstratif, gesticulatoire, ou chorégraphique de la direction d’orchestre pour moi est totalement secondaire.
Comment en êtes-vous venu à diriger des opéras ?
J’ai étudié la direction d’orchestre avec le maestro Gelmetti à l’académie Chigiana, à Sienne, et j’ai assisté à diverses productions qu’il dirigeait. En 1999, à 23 ans, j’avais déjà dirigé Il signor Bruschino à Chieti. L’année suivante, l’Académie Chigiana prépara une production de Cenerentola avec Laura Polverelli et l’on me choisit pour la diriger. A cette occasion le maestro Alberto Zedda et Gianfranco Mariotti, le surintendant du ROF, vinrent m’entendre. Quand je les ai vus à côté de moi dans les toilettes du Théâtre des Rénovés de Sienne, bien qu’absorbé par la nécessité du moment, mon émotion fut si grande que j’ai salué le maestro Zedda d’une voix sonore. A quoi il répondit : « C’est un plaisir, mais je vous serrerai la main plus tard ! ». Le jour suivant il m’engagea pour Il viaggio a Reims à Pesaro.
Que représente Rossini, pour vous ?
Je suis très content de la Semiramide que je viens de diriger à Montpellier car c’est une œuvre techniquement difficile à diriger, très complexe, très longue, qui exige une énorme concentration de la part de tous. Rossini est le compositeur qui m’a fait connaître au début de ma carrière et qui, avec Donizetti que j’ai dirigé deux fois à la Scala, continue à me porter chance. J’ai beaucoup approfondi ma connaissance de Rossini et je continue à l’étudier parce que c’est un grand de la musique à l’égal de Verdi et de Puccini. Certes, le sens du théâtre rossinien est éloigné de la sensibilité contemporaine, qui trouve peut-être en Verdi et Puccini une immédiateté dramatique plus claire. C’est que Rossini stylise les sentiments, sa musique exprime une pudeur que les autres compositeurs n’ont pas. Je trouve fascinante l’écriture belcantiste, en particulier chez Rossini, où les interprètes doivent mettre en lumière un monde de sentiments riche de nuances sans jamais recourir au cri. C’est ce qui me fait parler de pudeur. Un sentiment précieux, peut-être passé de mode…
Avez-vous des regrets ?
Des regrets ? Non ; certes, si je pouvais revenir en arrière, je renoncerais à certaines attitudes ou interprétations par trop absolutistes dans quelques unes de mes lectures. Mais se tromper fait aussi partie de la maturation artistique d’un musicien. J’aime toujours porter un regard neuf sur les partitions que je relis. Le secret, comme on l’apprend des plus grands, est de ne jamais être totalement satisfait de son propre travail, mais toujours curieux et prêts à rechercher entre les notes la pensée profonde du compositeur.
Pouvez-vous nous parler de vos projets ? De vos rêves ?
Je vais débuter en janvier aux Etats-Unis, avec Lucia à Houston, et j’en suis heureux. C’est un marché important pour un jeune chef d’orchestre, et j’en suis ému et honoré. Des rêves, j’en ai beaucoup : des productions d’opéra nouvelles dans des théâtres importants, la possibilité de travailler avec de grands collègues et de grands orchestres…Bref, rien d’extraordinaire pour quelqu’un dans ma situation. J’ai pourtant un Rêve avec une majuscule, mais il est si important que j’ai peur qu’il ne se concrétise jamais…et c’est pourquoi je n’en dirai rien !
 
Propos recueillis et traduits par Maurice Salles 
 
1 Lire le compte-rendu de Sémiramide par Emmanuel Andrieu 
 
 Antonino Fogliani © DR

 

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