Bienvenue au Club !

Par Brigitte Cormier | mar 04 Mai 2010 | Imprimer
Le samedi 1er mai, avec Armida de Gioacchino Rossini, la direction du cinéma Gaumont Champs-Élysées Marignan faisait d’une pierre deux coups. Elle clôturait la saison de son Clubopera et présentait le programme de la rentrée dans une formule qui s’affine à mesure que son succès s’affirme.
Regarder sur grand écran les stars de l’art lyrique, les entendre chanter en live avec un son de qualité au cours d’une soirée d’opéra dans une salle américaine mythique a de quoi séduire. Depuis le lancement de ces retransmissions parisiennes qui avaient créé en 2008 un événement médiatique, cette offre visant un large public, a considérablement évolué. Si le prix des places a connu en deux ans une hausse vertigineuse, — passant de 18 € en placement libre à 46 €, 37 € et 28 € en trois catégories numérotées — les compensations ne sont pas négligeables. Les maîtres mots : confort et convivialité. Avec Clubopera, finie la longue file d’attente, éventuellement dans le froid ou sous la pluie ; terminée la bousculade pour se placer au mieux.
Cerises sur le gâteau : Bar VIP avec champagne et programme offerts en première catégorie, paiement en trois fois sans frais, possibilité de réservation de taxi à la sortie du cinéma (3€). L’Or du Rhin avec Bryn Terfel, la Walkyrie avec Deborah Voigt, Don Pasquale avec Anna Netrebko, Don Carlo avec Roberto Alagna, Le Comte Ory avec Juan Diego Florez... Il est à parier que, comme la précédente, la prochaine saison du Met à Paris se donnera à bureau fermé1.
Avant que ne commence cette Armida de Rossini — comme pour chaque « MET : Live in HD » — ce qui est le plus excitant, c’est que l’on s’y croirait ! Plusieurs minutes avant le début du spectacle, la gigantesque salle surgit face à nous, en pleine lumière. Nous entrons en même temps que les spectateurs new-yorkais … Pour un peu, on demanderait un programme à l’ouvreuse. Puis, on nous fait passer dans les coulisses. Aujourd’hui, c’est Deborah Voigt qui présente le spectacle. Durant les entractes, elle va aussi interviewer ses collègues avec une amitié toute confraternelle. Oui, comme, il aime à le rappeler, le MET est bien une grande famille. Débuter sur sa scène demeure sinon une consécration, du moins un honneur. Ceux qui servent son rayonnement ont de quoi être fiers. Indeed !
La magie du voyage à Manhattan se poursuit jusqu’à l’entrée du chef sous les applaudissements du public new-yorkais et les premières notes de l’ouverture. Cependant, le générique qui défile sur l’écran nous rappelle à la réalité. Nous sommes au cinéma sur la plus belle avenue du monde.
À partir de maintenant, c’est le talent du réalisateur qui mène le jeu visuel. En l’occurrence, si l’on se réfère à la récente critique de Christophe Rizoud, c’est un bienfait. Au moins, même en position statique, les intentions et les émotions se lisent sur le visage des chanteurs, fréquemment filmés en gros plan. Sans recours à la vulgarité, la chorégraphie lascive et le sex-appeal du danseur étoile sont magnifiés par l’écran. Et, s’ils ne sont guère originaux, ces ballets ont le mérite de mettre en valeur la sensualité de la musique de Rossini. Les mouvements de caméras animent habilement les spectaculaires scènes d’ensemble et compensent l’indigence du dispositif scénique très peu visible d’ailleurs.
Si l’on ne peut, en effet, que saluer le courage de René Fleming à se confronter à ce rôle meurtrier, — qu’elle nous dit, à l’entracte, considérer comme un test de santé vocale — il est vrai qu’en matière de bonheur rossinien, on est assez loin du compte. Seule la scène finale « Dov’e son io » la fait sortir des rails qu’elle semble s’être prudemment imposés. Néanmoins, le choix de Lawrence Brownlee, comme partenaire, tant pour son raffinement et son agilité délicate que pour sa photogénie, semble judicieux. La voix est petite pour l’immense salle du Met ? Le tempérament manque de vaillance guerrière ? Soit, mais ici les tendres duos entre Armida et Rinaldo gagnent en intimité ce qu’ils perdent en précision et en éclat. Les quatre autres ténors sont tout à fait adéquats et méritants. Zapatta souffrant est remplacé dans Gernando par le preux Barry Banks qui interprète aussi Carlo au troisième acte. Goffredo est chanté correctement par Bruce Ford qui remplace John Osborn. L’impressionnante basse, Peter Volpe, surprend les oreilles et crève l’écran. Riccardo Frizza, pas vraiment dans son élément à la tête de cet orchestre peu habitué au Rossini sérieux, assume sa fonction d’une baguette efficace sinon inspirée.
Mais, quoi qu’on puisse dire sur ce que l’on entend, force est de reconnaître qu’au cinéma, c’est tout de même « Prima l’immagine ».
Brigitte Cormier
Armida
Dramma per musica en trois actes ; Livret de Giovanni Schmidt, d’après le poème épique de Torquato Tasso Gerusalemme Liberata
Mise en scène, Mary Zimmerman ; Décors et costumes, Richard Hudson ; Chorégraphie, Graciela Daniele
Armida, Renée Fleming ; Rinaldo, Lawrence Brownlee ; Goffredo, Bruce Ford ; Eustazio, Yeghishe Manucharyan ; Idraote, Peter Volpe ; Gernando, Barry Banks ; Ubaldo, Kobie van Rensburg
Carlo, Barry Banks
Metropolitan Opera Orchestra, Chorus and Ballet ; Riccardo Frizza
En direct du Met, samedi 1er mai 2010
 
1 En souscription immédiate : l’ensemble des onze retransmissions programmées par le Met. En vente à partir du 15 juin, dans la limite des places disponibles : votre propre sélection — sans minimum requis. Saison 2010- 2011, renseignements et inscriptions sur www.lepassopera.com ou Tél. 0 892 701 802- 0,34 €/mn.

 

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