5 questions à Nicolas Chalvin

Par Sophie Roughol | ven 12 Janvier 2007 | Imprimer
Lausanne est à la source de votre jeune carrière. Comment les choses se sont-elles passées ?
Il y avait les représentations de Lucio Silla avec Jonathan Darlington, qui n’a pu faire la dernière, et comme j’étais assistant dans la fosse on m’a demandé d’assurer cette dernière. Je suis devenu assistant de Armin Jordan et c’est à partir de là que j’ai entamé cettee collaboration avec François-Xavier Hauville. La rencontre avec Jordan a été déterminante : je l’avais invité à un concert, avant mon premier spectacle d’opéra, justement cette production de Véronique.
Les chefs sont forcément dans leur carrière mais certains prennent aussi le temps de songer à la relève. Et c’est une chance formidable de débuter dans ces conditions, parce qu’on ne peut pas parler de cursus de direction d’orchestre, même si il y a des écoles comme chez les russes ou les finlandais ; ce qui est formateur c’est vraiment de faire de la fosse. Mon passé de hautboïste m’a appris ce qu’est le métier de musicien d’orchestre, c’est une remise en question permanente, un apprentissage pour savoir ce que l’on peut demander en niveau d’exigence, de comprendre la psychologie de groupe d’un orchestre. On ne peut comprendre tout cela qu’en situation.
L’épisode Cosi/Genève/Kovacevich a été longuement commenté dans les media. Avez-vous ressenti une forte pression, un quitte ou double ?
Pour moi cela a été chance formidable, mais aussi que ce se soit bien passé. En général je fais les choses du mieux que je peux sans me soucier trop de l’environnement. Quand on est jeune et qu’une chance pareille est offerte… Et en même temps j’ai bien compris comment Kovacevich avait pu être malheureux. La pression ? Forcément il faut être au mieux, on ne veut pas décevoir, ce que je retiens c’est que j’ai beaucoup appris avec cette expérience. Après, ce qu’on dit… Votre collègue de Forum Opera, j’ai failli lui écrire pour le remercier car ce qu’il a écrit, franchement...
A votre sujet, on parle toujours de précision, de transparence, de vivacité, de contrastes… C’est le style Chalvin ?
Oui, c’est vrai, je demande en général tout cela. Dans certains répertoires comme Véronique il faut rester alerte, maintenir une texture transparente. Une musique comme celle-là il faut la rendre légère, vive, claire, mais aussi respecter les moments poétiques. Il est important en musique de trouver de la poésie. Aller toujours vers un esprit de musique de chambre, dans beaucoup de répertoires. Mais en fait, je n’avais pas imaginé un jour diriger Messager, ou comme je vais le faire un Donizetti (Rita à Rennes). C’est une affaire de circonstances. J’avais comme tous les jeunes chefs des rêves de Wagner, Mozart, mais pas Donizetti, Messager.
Avez-vous des références de prédécesseurs en tête dans votre travail de direction ?
Je n’ai pas de modèles comme chefs. Ce n’est pas à moi de le dire, et il est trop tôt. J’ai encore tellement à apprendre, à découvrir. Mais des chefs que j’admire, oui, il y en a, beaucoup, tous les grands. Emettre une critique sur un grand chef, d’ailleurs, c’est un peu comme émettre une critique sur le goût de la truffe dans tel ou tel restaurant…. Ça reste de la truffe ! Des gens comme Abbado, Haitink, Davis, Barenboim, Kleiber… Ceux dont on parle ont leur place, c’est tout.
Vous dirigez des opéras. Comment voyez-vous vos rapports avec les metteurs en scène ?
Il faudrait parler d’exemples précis. Il faut relire la dramaturgie, pour la comprendre, et le risque d’excès va autant dans le conservatisme que l’avant-gardisme. C’est un problème de rapport avec le temps présent : un chef-d’œuvre est intemporel, et ça marche dans les deux sens : si c’est un chef-d’œuvre, il doit pouvoir fonctionner transposé à notre époque, oui, mais aussi gardé dans son contexte d’origine.
En fait le problème n’est pas dans un rapport de temps à l’ouvrage, mais dans le rapport entre la scène et la musique : il ne doit pas y avoir de lutte, et cela nécessite un metteur en scène qui comprenne la musique avant toute transposition. Je suis sûr qu’on peut aimer et détester le même spectacl, du côté du public, selon la façon dont on est prêt à le recevoir. Il faut éveiller le public mais ne pas rester dans l’abstraction. Il y a des excès oui, d’ego, ou de convention, ou on confond la mise en scène avec une simple mise en espace ; le personnage doit exister. Cosi si c’est bien dirigé peut se passer partout, mais les choses, à l’intérieur, sont immuables et doivent être dites. Moi j’ai eu beaucoup de chance en général avec les metteurs en scène, je n’ai pas eu à gérer de contradictions insurmontables.
De toute façon le plus important ce sont les chanteurs. Il faut d’abord les aimer, les mettre dans les meilleurs dispositions possibles, ce sont eux qui sont exposés, pas les chefs, pas les metteurs en scène. Ils portent tout. C’est mon état d’esprit.
 
Propos recueillis par Sophie Roughol 
 

 

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