5 questions à Laurence Heym

Par Vincent Deloge | sam 28 Janvier 2006 | Imprimer
Laurence Heym, vous avez eu la satisfaction de participer, en tant qu’ingénieur du son et de directrice artistique, à quelques fleurons du catalogue Opus 111. Quel a été l’élément décisif dans votre décision de fonder votre propre label : la recherche d’indépendance ? la conviction qu’il existait des artistes et/ou des pans de répertoire encore pas ou mal servis ? l’envie de faire émerger de nouveaux talents ?
Un peu tout ça, mais avant tout, la volonté d’indépendance. Pouvoir réaliser et assumer mes propres choix est devenu de plus en plus important au fil du temps. Je fonctionne beaucoup au feeling et à l’enthousiasme avec les artistes. Lorsque j’ai un coup de cœur, j’aime aller jusqu’au bout. Si c’est pour un jeune talent, j’ai en plus la satisfaction de lui donner un coup de pouce malgré les faibles moyens du label, que j’ai créé avec Pauline DAUPHIN.
Vous annoncez vouloir réserver au répertoire vocal une place de choix dans votre catalogue. Au moment où les majors se replient sur des produits standardisés avec une communication souvent très racoleuse, quelle est votre appréciation sur le marché du disque lyrique aujourd’hui ? Y a-t-il encore une place pour des projets originaux ?
Nous pensons que oui, sinon on ne le ferait pas ! Le lyrique offre tellement de possibilités et il y a toujours des choses à découvrir ou à redécouvrir. On voit encore aujourd’hui un véritable attrait du public pour la musique vocale. L’important est de lui proposer des choses originales ou alors de profiter d’un répertoire plus connu pour lancer de nouvelles voix, par exemple. Le projet avec Joyce DiDonato est un bel exemple d’originalité et nous en avons bien d’autres en tête !
Vous avez fait paraître le premier récital de Joyce di Donato, une artiste admirable et très appréciée du public français pour ses prestations rossiniennes et mozartiennes. Comment vos chemins se sont-ils croisés ?
Nous nous sommes rencontrées très simplement, sur un enregistrement avec Alan Curtis. Nous avons tout de suite été sur la même longueur d’ondes et avons décidé de réaliser des projets ensemble. Comme elle excelle dans des répertoires très divers, nous avons opté pour celui-ci en premier mais elle nous réserve encore bien des surprises…
Le répertoire choisi est aussi original que courageux et la mezzo le défend dans un remarquable texte de présentation. Quelle a été la genèse de ce programme et à qui doit-on en attribuer la maternité ?
La maternité en revient à Joyce. Je ne connaissais pas l’œuvre de Jake Heggie. La première idée était d’enregistrer les poèmes d’Emily Dickinson mis en musique par Aaron Copland. Nous avons ensuite construit le programme autour. Les propositions de Joyce étaient tellement enthousiasmantes qu’il aurait été difficile de les refuser. Je pense qu’il est toujours beaucoup plus prolifique de laisser les artistes exprimer leurs désirs qu’ils soient ou non à l’origine du projet, l’investissement personnel s’en trouve décuplé.
Votre première parution était un programme consacré à Saint-Saëns, musicien honteusement négligé si l’on excepte le Carnaval des animaux et Samson et Dalila. Le répertoire français du tournant du XIXe au XXe siècle, qui comporte tant de trésors enfouis, fait-il partie de ceux que vous souhaitez défendre ?
Oui, nous essaierons d’en faire le plus possible mais nous sommes un peu limités malheureusement, comme tout label qui débute, par l’aspect financier, car il y a souvent beaucoup de droits à payer sur ces répertoires, ce qui augmente considérablement le coût des productions.
Pourquoi ?
Nous aimons énormément cette période en musique française pour les sonorités, les orchestrations. On y trouve aussi beaucoup de musique argumentée, j’ai un faible pour ce genre. Mais il y a aussi d’autres origines qui nous intéressent à cette période comme la musique Russe, entre autre.
 
Propos recueillis par Vincent Deloge
Voir aussi le site du label Eloquentia
Pauline Dauphin et Laurence Heym

 

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