5 questions à Hui He

Par Christophe Rizoud | dim 06 Janvier 2008 | Imprimer
Votre carrière internationale a débuté avec le deuxième prix du concours Operalia en septembre 2000. Que s’est-il passé avant ?
J’ai commencé à étudier la musique à 17 ans puis j’ai complété ma formation au conservatoire de Xi’an (la ville de Chine connue pour sa fameuse armée de soldats en terre cuite). Curieusement, mes professeurs étaient tous des hommes : M. Zhou Jiang Ping (basse), M. Wang Zhen (ténor) et par la suite M. Raoyu Jian (ténor). Ce dernier, après avoir séjourné à Milan plus de 15 ans, parle parfaitement l’italien et, outre l’enseignement de la langue, a pu me transmettre une technique vocale optimale. Au conservatoire, nous disposions de tous les moyens nécessaires pour étudier la musique classique et lyrique, notamment une bibliothèque et une discothèque ; nous avons même eu l’occasion de suivre certains cours en Europe.
Sur le plan international, mon activité lyrique a vraiment débuté en 1998. J’avais alors 26 ans. Le festival « Maggio Musicale Fiorentino » avait été invité à Shanghai pour inaugurer avec Aida le nouveau théâtre, l’un des plus grands de Chine, édifié par l’architecte français Charpentier. Là le directeur musical du « Maggio Musicale », Cesare Mazzoni et le metteur en scène d’Aida, Lorenzo Mariani, ont voulu sélectionner une seconde distribution entièrement chinoise, la première étant composée de célèbres chanteurs italiens et internationaux. J’ai été choisie pour le rôle d’Aida. Un américain qui avait assisté aux représentations m’a conseillé d’envoyer un enregistrement aux personnes en charge de l’organisation du concours Operalia. C’est ainsi que j’ai été invitée en septembre 2000 à Los Angeles et que j’ai gagné le deuxième prix de la compétition. Tous les critiques et les membres illustres du jury ont alors parlé de cette jeune chinoise dotée d’une voix verdienne comme on en attendait depuis des années. En janvier 2001, j’ai donné un concert à Shanghai aux côté de Placido Domingo. En 2002, j’ai participé à la compétition internationale des voix verdiennes de Busseto et j’ai remporté le premier prix. Le président du jury était Leyla Gencer qui m’a félicitée pour la manière dont j’avais interprété l’air « O Cieli azzuri » du 3e acte d’Aida.
Puccini et Verdi sont les deux seuls compositeurs de votre répertoire lyrique. Pourquoi ?
Malheureusement ce n’est pas moi qui décide mais les directeurs de théâtre et les chefs d’orchestre. Jusqu’à présent, on ne m’a proposé que des grands rôles verdiens et pucciniens. Je devrais cependant faire mes débuts dans Andrea Chenier en Italie en avril prochain. J’interprèterai Maddalena di Coigny et Daniel Oren conduira l’orchestre.
Aida et Amelia d’Un Bal Masqué (que vous allez interpréter à Bordeaux à la fin du mois) semblent être vos rôles verdiens favoris, ou du moins ceux que vous avez le plus chantés. Lequel préférez-vous ?
Je trouve le rôle d’Aida plus adapté à ma vocalité et plus proche de ma personnalité. Avec Aida, Verdi met en scène un personnage complet. Un Ballo in Maschera se situe juste avant les chefs d’œuvre de la maturité. C’est sans doute pour cela que je trouve que le rôle d’Amelia n’est pas aussi bien exprimé, psychologiquement parlant, que celui d’Aida. Il contient cependant des moments d’une beauté remarquable : le grand air au début du 2e acte puis le duo avec le ténor, qui réclament une grande endurance et s’avèrent particulièrement difficiles d’un point de vue technique. L’air « Morro ma prima in grazia » au 3e acte est aussi magnifique et encore plus difficile si on le considère sous un angle psychologique et émotionnel. Amelia est écartelée entre son amour pour Riccardo et son rôle de mère et d’épouse. Elle vit les situations avec une grande dignité et une grande pureté intérieure. Mon interprétation cherche à mettre en évidence de tels aspects.
Quel(s) enregistement(s) conseilleriez-vous à quelqu’un qui veut découvrir Un Ballo in Maschera ?
Les interprètes idéaux pour cet opéra sont Maria Callas (Amelia), Beniamino Gigli (Riccardo), Renato Bruson (Renato) and Fedora Barbieri (Ulrica)
Et d’une manière générale, quels sont vos interprètes de référence ?
De grandes émotions et de grandes leçons m’ont été données par Maria Callas et Montserrat Caballé. J’ai vu récemment un DVD d’Aida enregistré aux Arènes de Vérone avec Maria Chiara et un autre avec Leyla Gencer que j’ai trouvés très intéressants. Et puis il y a aussi Leontyne Price qui est splendide vocalement même si sa prononciation de l’italien n’est pas parfaite. De toutes, j’ai appris beaucoup et je leur en suis infiniment reconnaissante.
 
Christophe Rizoud
Odabella / Attila de Verdi à Busseto
© Montacchini, Parma

 

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