5 questions à Emilio Sagi

Par Brigitte Cormier | mer 28 Mai 2008 | Imprimer
L’origine de la zarzuela remonte au XVIe siècle. Son nom provient des ballets de cour donnés aux fêtes du palais de Zarzuela, près de Madrid. Supplantée par l’opéra italien et la tonadilla (opéra comique espagnol), la zarzuela est revenue en force au milieu du XIXe avec des compositeurs comme Francesco Barbieri, Tomas Breton et Antonio Vives. Elle a évolué vers un genre lyrique proche de l’opérette avec des dialogues parlés et parfois des éléments de jazz.
Le metteur en scène Emilio Sagi en est un éminent spécialiste ; il met en scène La Generala d'Amadeo Vivès au Théâtre du Châtelet.
Après vos études de philosophie et de musicologie, comment avez-vous décidé de devenir metteur en scène ? Quel a été le déclic ?
Et bien, certainement plusieurs. Dans ma famille, il y a eu beaucoup de chanteurs de zarzuela célèbres : mon père, mon grand-père, mon oncle… À la fin de mes études, je suis allé à Londres avec une bourse du British Council pour faire ma thèse de doctorat dont le sujet était “ Opéra et littérature “. Je suis donc allé à Covent Garden pour observer comment on y travaillait. J’ai toujours voulu être dans le monde du théâtre ; c’était en moi, depuis que j’étais petit.
Quand je suis rentré en Espagne, j’ai obtenu mon diplôme et, grâce à des amis, j’ai commencé comme assistant. Finalement j’ai eu l’opportunité de débuter en 1980 dans ma petite ville d’Oviedo par une mise en scène de La traviata qui n’était pas bien bonne, certainement… Mais sur le moment c’était un commencement de carrière. Puis en 1982, le Ministère de la culture espagnol m’a demandé de faire mes débuts au Teatro de la Zarzuela avec Don Pasquale de Donizetti. Ensuite, les choses se sont enchaînées. J’ai eu la chance d’être aidé par de grands chanteurs : Giacomo Aragall, Placido Domingo, Monserrat Caballé… Placido m’a amené avec lui pour faire des choses en Amérique et il m’a beaucoup protégé... C’était le destin !
À Madrid, vous avez été directeur du Teatro de la Zarzuela, puis du Teatro Real, vous dirigez maintenant celui de Bilbao. Est-ce compatible avec votre carrière internationale de metteur en scène ?
Oui. Quand on a une bonne équipe, on peut faire les deux. Contrairement à ce qu’on croit, moi je pense que c’est plutôt un avantage. Je ne parle pas seulement de moi. C’est le cas par exemple de Nicolas Joël qui a fait de Toulouse une maison d’opéra de premier plan. Nous, metteurs en scènes, nous sommes de bons directeurs à condition d’avoir une excellente équipe qui nous aide à pouvoir faire des mises en scène à l’extérieur tout en remplissant notre rôle d’animateur culturel. Moi, pendant dix ans à la Zarzuela et cinq ans au Real, j’ai eu la chance d’être très bien entouré. À Bilbao aussi, j’ai une excellente équipe. Ainsi, je peux à la fois assurer mes fonctions de directeur artistique et faire des mises en scène dans d’autres théâtres.
Je ne suis peut-être pas modeste, mais je crois que nous, les metteurs en scène, nous sommes capables de propulser un théâtre au meilleur niveau. Je pense à Toulouse où j’ai eu l’occasion de mettre en scène la zarzuela Doña Francisquita dans des conditions de travail parfaites et à
Jean-Louis Grinda à Monaco. Bien sûr il faut quelqu’un d’autre pour l’administration et tous doivent avoir la même philosophie culturelle. Quand il y a une direction collégiale très bien faite, c’est un plaisir de travailler dans un théâtre organisé comme à Toulouse avec aucun problème de personnel. On y trouve des artistes internationaux, de magnifiques artistes français, une programmation comprenant des titres classiques, du contemporain, des créations comme le Faust de Fénelon, de la zarzuela, des opérettes comme La Chauve souris ! C’est vraiment impressionnant. J’admire aussi Gérard Mortier, mais je suis sûr qu’à Paris, Nicolas Joël va faire des choses très importantes.
En dehors de l’Espagne, la zarzuela est souvent mal connue et considérée comme un genre lyrique mineur. Vous qui en êtes un grand spécialiste, qu’avez-vous envie de nous en dire ?
Moi, je pense que la zarzuela est un genre vraiment unique. C’est une musique qui va droit au cœur sans faire de détours. Même si La Generala n’est pas aussi parfaite que le chef d’œuvre de Vives Doña Francisquita, sa musique est très valable, très riche, avec des mélodies magnifiques. Pour apprécier vraiment la zarzuela, il faut l’entendre dans un théâtre, avec une mise en scène, avec ses dialogues… J’espère que cela va beaucoup plaire à Paris. Maintenant que je travaille beaucoup en France, il me semble que le public a une grande curiosité pour tous les genres et les œuvres peu connues. Il y a aussi, je pense, un intérêt pour l’Espagne. La Generala est très divertissante, très folle avec une musique particulière, vraiment délicieuse, qui mêle les techniques de la revue, du cabaret…Vives était un compositeur très intelligent. Il savait rendre le spectacle vraiment — “ spectaculaire “ !
Cet été, au festival de Pesaro, on va revoir votre mise en scène de l’Equivoco stravagante de 2002 à l’auditorium Pedrotti. Ce sera cette fois au Teatro Rossini. Êtes-vous content de cette reprise ?
La première de 2002 avait été un grand scandale. Une partie du public applaudissait, l’autre huait cette mise en scène transposée dans les années 1970. On me reprochait d’avoir fait “ l’extravaganza de l’equivoco“ plutôt que l’Equivoco stravagante. Je suis très content de la reprendre car, généralement, au bout de quelques années, c’est comme si le public était vacciné et il accepte bien mieux ce qui l’avait fait hurler la première fois… J’espère que c’est ce qui va se passer. Comme tous les opéras giocosos de Rossini, c’est un opéra délirant. Mais comme le dit Alberto Zedda, c’est une folie organisée. J’en ai fait une folie contemporaine, celle de ma jeunesse à Londres et de la culture pop.
Je suis content de pouvoir reprendre également la mise en scène de mon Voyage à Reims, un spectacle que j’aime beaucoup et qui convient bien aux jeunes chanteurs de l’Académie.
On vous considère comme “ le Pape de la zarzuela“, mais vous avez abordé bien d’autres répertoires… Et maintenant, quels rêves de mises en scène avez-vous ?
Je suis le Pape ? (grand rire…) C’est drôle ! Vous savez ce n’est pas facile de vous répondre. Maintenant je travaille beaucoup et quand on me demande de faire une mise en scène, il faut que je sois séduit par le livret et la musique comme cela a été le cas pour Linda di Chamounix de Donizetti que je vais mettre en scène au Liceu de Barcelone en co - production avec San Francisco. J’ai fait beaucoup de Verdi et de Puccini et j’aime énormément Turandot. J’aime aussi l’opéra français. Un rêve serait de faire Faust de Gounod et aussi Manon de Massenet. L’année prochaine, au Châtelet, je vais mettre en scène Les fées de Wagner qui est une chose très difficile.
Et naturellement, j’espère bien faire quelques zarzuelas de plus !
 
Propos recueillis par Brigitte CORMIER

 

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